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01 février 2017

LA GUERRE CHIMIQUE ET BIOLOGIQUE CONTINUE SOUS TERRE !

Moi qui suis plutôt un manuel, j’ai toujours eu tendance à utiliser mes cinq sens pour apprécier mon environnement. Lorsque j’étais en fonction dans les domaines de la dépollution à la DGA, j’avais la mauvaise propension à vouloir sentir et goûter ce que je trouvais sur les sols polluées ou susceptibles de l’être… Je remercie encore un de mes camarades IGA, bien au fait des armes chimiques et biologiques, de m’avoir empêché d’ouvrir des fioles et de goûter des poudres…


En 1763, des colons Britanniques étaient assiégés dans le fort Pitt sur l’emplacement de l’actuelle Pittsburg aux USA. Pendant les pourparlers, un officier du fort offrit aux indiens Delaware deux couvertures et un foulard qui avaient été exposés à la variole en espérant transmettre la maladie aux Amérindiens et les forcer à lever le siège. William Trent, le commandant de la milice, écrivit dans son journal que l’objectif de donner les couvertures était de « transmettre la variole aux Indiens ».

Je n’ai pas trouvé trace plus ancienne de guerre bactériologique, mais l’imagination humaine peut avoir usé de tels moyens bien avant. L’entomologiste Jeffrey Lockwood aurait ainsi émis l’hypothèse que l’Arche d’alliance pouvait avoir été mortelle lors de son ouverture parce qu’elle contenait des puces mortelles.

Le Japon a pratiqué la guerre « entomo-bactériologique » à grande échelle pendant la seconde guerre mondiale en Chine avec le largage de puces infectées par la peste et des mouches porteuses du choléra. Il en est résulté des épidémies meurtrières qui auraient entraîné la mort de près de 500 000 Chinois.

La France fait pâle figure à côté, car la seule idée dont j’ai eu connaissance (suis-je innocent ?) est celle de certains experts de guerre biologique qui avaient suggéré en 1939 que le doryphore soit utilisé contre les cultures allemandes pour affamer les populations…

« LA GUERRE BIOLOGIQUE PEUT AUSSI S’ATTAQUER AUX RESSOURCES ESSENTIELLES À LA VIE »

On voit là d’ailleurs que la guerre biologique peut aussi s’attaquer aux ressources essentielles à la vie et pas directement à l’être humain…
Pour les armées chimiques, c’est surtout durant la première guerre mondiale qu’elles ont été développées et utilisées intensément (phosgène, ypérite aussi appelé gaz moutarde, chlore, arsine) et ont conduit à laisser dans les sols des quantités énormes de munitions chimiques non explosées mais aussi des stocks d’armes qui, laissés plus ou moins à l’abandon, ont fini par présenter un danger de fuite dans l’environnement.

La Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction de 1993, entrée en vigueur le 29 avril 1997, exigeait de ses signataires la destruction de leurs stocks dans un délai de dix ans. Plusieurs pays européens et notamment, la Belgique, l’Allemagne et la France (programme SECOIA), ont donc lancé des programmes de destruction d’obus et armes chimiques qui polluent encore aujourd’hui nos sols meurtris.

Le projet français SECOIA, piloté par la DGA et réalisé par ex-Astrium (Airbus Defense and Space) est entièrement automatisé. Il doit faire exploser dans une chambre blindée et étanche les munitions. L’usine sera donc sans cheminée. Elle doit entrer en service prochainement.

On estime que sur le milliard d’obus tirés sur toute la ligne de front de 14- 18, 15 % n’ont pas explosé… Comme les sols font remonter les objets en surface, on récolte encore aujourd’hui bon an mal an près de 600 tonnes d’armes diverses dont des armes chimiques !

« LA POLLUTION DES SOLS CONCERNE TOUS LES COMPOSÉS UTILISÉS POUR LES MUNITIONS »

La Russie et les pays de l’ex-Union Soviétique, mais aussi les USA, ne sont pas en reste et font face à un problème colossal de destruction de stocks et de dépollution. En Russie, ce sont des dizaines de milliers de tonnes de munitions qui sont à détruire ! Les usines de traitement tournent à plein régime !

Mais la pollution chimique des sols ne s’arrête pas aux obus, elle concerne aussi tous les composés utilisé dans la fabrication des munitions : des milliards de billes de plomb durci d’arsenic et/ou d’antimoine ont été fabriquées pour les obus Shrapnel les plus utilisés dans les zones de tranchées. Des tonnes de mercure ont été libérées par les amorces (d’obus, balles et autres engins). Le perchlorate également utilisé dans les munitions et propulseurs est aussi toxique pour la thyroïde.

C’est ainsi qu’en 2012 l’eau potable dans certaines villes du Nord-Pas de Calais devint impropre à la consommation et fut interdite à la consommation à cause d’une pollution au perchlorate. Et ce n’est pas fini…

Voilà un bref aperçu de la situation et il y a là un véritable enjeu pour la santé publique, la faune et l’environnement.


Xavier LEBACQ, IGA, consultant

Xavier Lebacq a effectué une grande partie de sa carrière à la DGA dans une large palette de métiers, dont celui de directeur de programme du PA CDG. Après avoir supervisé les études du second porte-avions, il s’attela au démantèlement du Clémenceau puis de tous les matériels militaires avant de quitter l’administration en 2010.

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