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01 février 2017

CONNAISSANCE, ANTICIPATION ET GESTION DES DANGERS NRBC

Publié par Frédéric Dorandeu | N° 111 - Risques biologiques et chimiques

 ... Mars 2011 Japon Fukushima accident de centrale nucléaire – Août 2013 Syrie neurotoxique Sarin – 2014-2016 Afrique de l’Ouest virus Ebola – 2013-2015 Polynésie et Guyane virus Zika – Août 2015 Théâtre du Levant Ypérite… Au coeur de l’expertise, l’Institut de Recherche Biomédicale des Armées (Irba). Les devises du SSA « Votre vie, Notre combat » et de l’Irba « La connaissance au service des forces » illustrent parfaitement ces missions.


Un acteur essentiel de la défense contre les dangers NRBC

L’Institut de recherche biomédicale des armées (Irba) est un établissement placé sous l’autorité de la Direction centrale du Service de santé des armées (DCSSA). L’Irba est né de la fusion des quatre établissements de recherche du SSA pour constituer un site unique à Brétigny-sur-Orge (Essonne). Il a été inauguré le 18 février 2016. Dédié à la recherche spécifique aux milieux d’emploi des forces ainsi qu’aux aspects biomédicaux liés aux risques NRBC, l’institut assure des activités de recherche biomédicale de défense, des actions d’expertise et des formations. Cette polyvalence, combinant connaissance scientifique et milieu militaire, assure la spécificité de l’institut et sa place unique dans le paysage de la recherche en France. Bien que les agents biologiques du risque naturel ne soient pas toujours considérés  comme faisant partie du « B » de NRBC, le SSA doit, à deux titres, prendre en compte ces risques : par l’impact que ces agents peuvent avoir sur la conduite d’opérations militaires mais aussi du fait que certains de ces agents pourraient faire l’objet d’une utilisation offensive délibérée. L’Irba est ainsi labellisé comme centre national de référence (CNR) dans les domaines des maladies virales (CNR arbovirus - ex. virus Zika – CNR Orthopoxvirus - virus de la variole en particulier), des maladies infectieuses parasitaires (laboratoire associé CNR paludisme) et bactériennes (le directeur adjoint du CNR maladie du charbon est à l’Irba).

L’Irba possède d’ailleurs la seule unité de recherche française sur Bacillus anthracis, l’agent responsable de la maladie du charbon (l’« anthrax » des Anglo-saxons). Le développement d’un anticorps recombinant à visée prophylactique et/ou thérapeutique issu des recherches amont finalisées  enées par l’Irba est en cours sous l’égide de la DGA : ce projet d’ampleur permettra de posséder une contre-mesure médicale (CMM) efficace dotée d’une autorisation de mise sur le marché (AMM), si les prochaines étapes, dont l’étude clinique, se déroulent sans difficultés.
En mars 2014, la plus grande épidémie de fièvre hémorragique au virus Ebola démarrait en Afrique de l’Ouest. L’organisation mondiale de la santé vient d’annoncer officiellement la fin de l’épidémie. L’Irba, aux côtés d’autres acteurs du SSA et de la Défense plus largement, a significativement contribué à la gestion de cette crise notamment par les conseils en matière de biosécurité, le développement d’une capacité de diagnostic Ebola ou l’assistance technique aux structures de santé guinéennes. Une trousse de diagnostic rapide a pu être testée conjointement avec le CEA, l’Inserm et la Fondation Mérieux lors d’une étude clinique menée en Guinée pendant l’épidémie. Un autre projet de recherche clinique de terrain a permis d’évaluer un automate pour le diagnostic. Cette crise sanitaire a conduit la communauté médicale internationale à se mobiliser pour tirer les leçons de cette épidémie et de mieux se préparer à d’autres épidémies du même type, naturelles ou provoquées. Des chercheurs de l’Irba, avec d’autres experts du SSA participent ainsi actuellement à ces travaux internationaux, par exemple dans le cadre de l’initiative de défense intelligente de l’Otan. Dans le domaine chimique, l’Irba a activement participé au développement de l’auto-injecteur bicompartiment Ineurope®, pour le traitement d’urgence de l’intoxication par les  eurotoxiques de guerre et aux travaux plus récents visant à remplacer l’une des molécules actives, celle permettant à la cible des neurotoxiques  ’être réactivée. Ce programme d’ampleur piloté par la Pharmacie centrale des armées souligne à nouveau les importants défis budgétaires auxquels la Défense doit faire face. Un programme de conception et évaluation d’une 3ème génération de réactivateurs a été également mis en place. Il repose sur une collaboration entre l’Irba et des partenaires académiques (Universités de Rouen et Strasbourg, Institut de biologie structurale à Grenoble) et est soutenu financièrement par la DGA et le programme interministériel de R&D NRBC-e.

Le coût de développement d’une CMM devant disposer d’une AMM est très élevé et les outils appropriés permettant le financement des dernières étapes sont actuellement absents. Pour que les recherches amont finalisées débouchent sur des produits utilisables par les Forces, il convient donc d’explorer toutes les voies. En collaboratio avec la chaire  rmement et économie de défense de l’IHEDN et l’université Paris II, un travail doctoral tente ainsi actuellement de cerner les arguments qui permettraient d’"emporter la décision", dans un contexte budgétaire très contraint. L’analyse économique du "coût de l’inaction" est une voie explorée.

Un institut au cœur des réseaux de recherche militaires, académiques et industriels

L’Irba conduit des actions avec des établissements publics réunis au sein de l’Alliance nationale de la Vie et de la Santé (AVIESAN) comme le CNRS, l’Inserm, l’Institut national de la recherche agronomique, et l’Institut Pasteur. L’établissement partage ses recherches avec la communauté médicale civile et militaire, nationale et internationale. Travaillant en grande proximité avec la DGA, l’Irba apporte aussi son expertise à l’évaluation et au suivi des actions de soutien à la recherche et l’innovation de la DGA (dispositifs Rapid, Astrid et Astrid maturation notamment). 

UNE EXPERTISE AU SERVICE DES TRAVAUX CAPACITAIRES

2012 : Les unités médicales de décontamination des armées (UMDA) sont sur le point d’être mises en service opérationnel (MSO). Des évaluations technico-opérationnelles sont  nécessaires. Avec l’appui analytique du centre DGA Maîtrise  NRBC, des mesures peuvent être réalisées et conduire à des recommandations importantes pour la MSO. 

2014-2016 : L’Irba participe avec l’armée de l’Air au développement d’une capacité de transport aérien de patients hautement contagieux (projet Pégase).

Frédéric DORANDEU, Pharmacien en chef
 Conseiller technique du DCSSA -Adjoint au chef de la division « recherche scientifique » de l’Irba.Chercheur (contre-mesures médicales contre les neurotoxiques et vésicants), officier qualifié « NBC »possédant une expérience de terrain, professeur agrégé et expertau niveau interministériel, Frédéric Dorandeu préside le groupe detravail capacitaire NRBC médicaldu COMEDS (OTAN). Il est membretitulaire de l’Académie nationale de pharmacie. 

 

Auteur

Frédéric Dorandeu

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