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Les moyens techniques de la DGA contribuent à la formation et l’entraînement des opérationnels : ici un exercice de prélèvements B & C dans un laboratoire suspect supervisé par des experts
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01 février 2017

ENJEUX TECHNIQUES DE LA DÉFENSE NRBC

 PLACE PARTICULIÈRE DE LA DGA AU NIVEAU NATIONAL

Que sait-on de la défense NRBC ? Le domaine véhicule à la fois une image ancienne (première guerre mondiale) et des enjeux tout à fait contemporains, à l’interface entre la défense et la sécurité nationale.

 


Contexte

La défense NRBC a été traditionnellement une démarche prudentielle : la faible probabilité d’une attaque NRBC s’accompagne en effet de conséquences potentiellement désastreuses. Cette assurance coûte actuellement entre 1 et 3 % de l’effort global de défense (équipements, effectifs et R&D). La menace NRBC n’est pas nouvelle. Elle s’est concrétisée massivement dans les tranchées lors de la 1ère guerre mondiale. Ensuite, des programmes offensifs ont été développés par plusieurs pays, puis des conventions internationales sont venues interdire le développement et l’usage d’armes B ou

  1. Néanmoins la menace n’a pas disparu pour autant et la défense NRBC reste d’actualité. Dans ce domaine, l’activité du Ministère est exclusivement défensive et vise à anticiper et savoir gérer une agression.

 

Technologies de défense NRBC

La défense NRBC ne se limite pas à un apport technologique spécialisé pour les forces combattantes. Elle revêt un aspect de souveraineté en permettant à l’Etat de disposer d’une autonomie d’appréciation des situations NRBC. Il s’agit de savoir évaluer (et modéliser) les risques encourus avant ou pendant une opération, de prouver juridiquement l’utilisation d’agents ou armes prohibés (à l’image de la police scientifique), et plus généralement de maîtriser la « prolifération » de la menace NRBC. Les nations dotées de ces capacités sont peu nombreuses.

« Les contre-mesures techniques de la défense NRBC se divisent»

 

en sous-domaines : la détection environnementale, la protection individuelle (masque, tenue) et collective (filtre pour véhicules ou bâtiments), la décontamination de matériels ou d’infrastructures et les traitements médicaux. L’adhérence avec le secteur civil n’est que partielle : les niveaux de performance des équipements de détection ou de protection doivent être nettement meilleurs que ceux des équivalents civils (industrie chimique, du bâtiment…) du fait de l’extrême toxicité des produits redoutés. De même, les antidotes contre les agents NRBC n’intéressent pas l’industrie pharmaceutique (marché trop restreint). Un effort spécifique de défense est donc nécessaire (expertise du SSA, Service de Santé des Armées).

La plupart des matériels actuellement en dotation ont été conçus et développés dans le cadre étatique puis produits industriellement. De plus, la demande civile privée d’équipements NRBC reste théorique car il n’y a pas actuellement d’obligation réglementaire pour que les grands opérateurs s’équipent préventivement. Ainsi, l’industrie NRBC n’atteint pas une maturité suffisante pour être indépendante de l’expertise étatique. Dans ce contexte la DGA joue un rôle critique au niveau national.

 

Evolutions

La défense NRBC a connu deux changements de paradigme récents. D’une part, l’utilisation d’agents chimiques « de guerre » sur le théâtre Irako-Syrien, montre qu’à la menace ancienne – mais pas obsolète – de type guerre froide, doit désormais s’ajouter une menace NRBC asymétrique, protéiforme (terroriste). Les matériels de défense NRBC en dotation, conçus pour le contexte de guerre froide, doivent donc s’adapter et alléger leur empreinte logistique.

 

« UN APPORT TECHNOLOGIQUE SPÉCIALISÉ POUR LES FORCES COMBATTANTES ET UNE AUTONOMIE D’APPRÉCIATION DES SITUATIONS NRBC »

 

D’autre part, le contexte réglementaire a lui aussi évolué, en parallèle de la judiciarisation croissante de la société. Le décret 2012-422, portant sur la sécurité au travail au Ministère de la Défense (y compris pour les militaires, y compris en OPEX) impose de caractériser les risques qui ne peuvent pas être évités. Pour les équipements de défense NRBC, qui ont un impact direct sur la sécurité des utilisateurs, cela se traduit par la nécessité de caractériser la performance des détecteurs, masques et tenues de protection, procédés de décontamination etc… vis-à-vis des seuils toxicologiques parfois très bas des agents NRBC. Il peut s’agir d’effets aigus (immédiats) plus ou moins réversibles ou « à distance des opérations » (séquelles). Plusieurs paramètres influencent l’efficacité à mesurer : scénario d’exposition (nature et concentration des agents NRBC), climat, activité physique du combattant. L’approche antérieure reposait sur la mesure de quelques caractéristiques brutes (référentiel OTAN) non systématiquement reliées aux valeurs toxicologiques sans effet. A la DGA, l’autorité technique « sécurité en ambiance NRBC » traite cette question en lien avec la qualification des équipements.

Que peut-on anticiper pour le futur ? La diffusion des savoirs accompagnant la mondialisation et la montée en puissance technologique d’entités non-étatiques organisées comme Daech augmentent malheureusement la probabilité d’actions terroristes ou asymétriques à caractère NRBC. Les medias, friands de sujets sensationnalistes, évoquent parfois abusivement des avancées technologiques pouvant conduire à de nouveaux agents « améliorés ». L’ypérite (datant de 1915), la peste ou le charbon (connus depuis des siècles), sont toutefois parfaitement « efficaces ».

 

Place et rôle de la DGA

Au niveau national, la Défense et la DGA disposent de capacités techniques uniques avec des exclusivités de droit (conventions internationales) ou de fait (infrastructures sécurisées coûteuses). Les acteurs civils publics ou industriels ne disposent pas de telles capacités : manipulation d’agents chimiques de guerre, collections de micro-organismes couvrant le spectre de la menace, laboratoires confinés et bancs d’essais. En outre, l’absence de norme d’essai rend difficile la sous-traitance à l’étranger. Le socle étatique (DGA) d’essais NRBC est de fait indispensable pour évaluer les performances des équipements NRBC car l’épreuve du feu est historiquement (et heureusement) très limitée, comparativement aux autres domaines de la défense. Enfin, la réalisation d’essai NRBC en vraie grandeur est impossible pour des raisons évidentes de sécurité et de cadre réglementaire international. La simulation (modélisation et utilisation de substituts non dangereux d’agents NRBC pour les entraînements) complète les essais en laboratoire confinés.

Par ailleurs, le centre expert DGA Maîtrise NRBC joue un rôle opérationnel (lien avec le CPCO) pour les actions de souveraineté évoquées plus haut et il assure des missions pour la sécurité nationale sous l’égide du SGDSN : plan Biotox-Piratox pour l’analyse d’échantillons suspects, surveillance de grands événements, expertises. Le SSA dispose aussi de compétences NRBC, complémentaires de celles de la DGA, qui concernent les aspects médicaux

Auteur

A la sortie de l’X Yannick Morel effectue une thèse en toxicologie puis passe l’habilitation à diriger des recherches en sciences de la vie. Il passe 12 ans au CEB (devenu DGA Maîtrise NRBC) essentiellement dans le domaine de la biologie. Après avoir été responsable métier NRBC, il est depuis 2013 Res- ponsable du Pôle SHP

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