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Le dock flottant de Fare Ute, dans le port autonome de Papeete (©EMA)
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01 octobre 2019

Quand les marges mécaniques ont du bon

Mer et Marine publiait l’an dernier un texte sur l’expertise menée sur le dock flottant de Papeete. Après 40 ans de fonctionnement en climat tropical, sa capacité avait déjà été réduite... Mais là, surprise !


Ce dock flottant rappelle probablement quelque chose aux GM. J’en ai pour ma part souvent entendu parler puisque mon père Yves de Dinechin était directeur de la DCAN Papeete entre 74 et 76, et s’était occupé de faire venir ce dock flottant construit par l’arsenal de Brest jusqu’aux antipodes et à le mettre en service.

Unique moyen de mise au sec de grands navires en Polynésie française, le dock flottant de Papeete, qui mesure près de 150 mètres de long pour 22 mètres de large a accueilli nombre de bâtiment militaires, sa vocation initiale dans le cadre du Centre d’Expérimentations du Pacifique, mais aussi civils pour le compte du port autonome de Papeete après l’arrêt des tirs nucléaires.

Il y a donc eu logiquement, ces dernières années, des questions quant à l’état général de cet équipement, le seul à pouvoir prendre en charge des bateaux d’au moins 800 tonnes dans un rayon de 4500 kilomètres. Sa capacité avait même été réduite à 3000 tonnes, insuffisante pour assurer les arrêts techniques de la frégate de surveillance Prairial et du nouveau bâtiment multi-missions (B2M) Bougainville, basés à Tahiti, mais faute de pouvoir financer un successeur, le dock a fait l’objet de travaux significatifs depuis 2013 : remise en état du radier et des œuvres vives, désamiantage, remplacement d’une grue, etc.

Afin de vérifier le niveau de service réel de cet équipement appartenant à la Marine Nationale, le SSF a notifié fin 2017 une expertise structurelle complète du dock aux sociétés Sites et Doris Engineering. Il s’agissait de réaliser toutes les études préalables, inspections, contrôles non destructifs, modélisations structurelles et de formuler des préconisations pour assurer sa pérennité jusqu’en 2030.

Celle-ci a été conduite en moins de six mois. Sur place, la société Sites s’est chargée de l’inspection, des campagnes de mesures (plus de 1000) et des contrôles non destructifs. Doris a de son côté analysé et modélisé les résultats. « Ce fut un travail assez complexe et il a d’abord fallu bâtir une méthodologie puisque nous avions affaire à une structure construite il y a plus de 40 ans, avec un design et des critères différents de ce qui se pratique aujourd’hui. Il y a eu ensuite beaucoup d’analyses pour comprendre le comportement de la structure, et nous avons créé à cet effet un modèle 3D. Nous avons travaillé sur différentes hypothèses concernant le niveau de corrosion et, quand les mesures effectuées sur le dock sont arrivées, les résultats ont été assez surprenants », explique Evgeny Andreev, architecte naval chez Doris Engineering.

Même si la perte atteint parfois 20 à 30 cm, ..., il reste encore assez d’acier pour disposer d’importantes marges

Certes, par endroits, le dock est bien rouillé et a même perdu depuis 1975 une forte quantité d’acier. Malgré cela, il tient encore la route : « Cela dépend des zones mais la perte d’épaisseur atteint parfois 20 à 30 centimètres par rapport à l’épaisseur initiale. Cependant, même sans cela, le dock marche très bien. Globalement, la majorité de la structure est en réalité très peu corrodée, en particulier les zones des poutres, qui assurent la résistance. Il faut chercher l’explication dans sa construction. En fait, à l’époque, les structures étaient surdimensionnées car on ne pouvait pas les optimiser comme aujourd’hui avec des outils numériques. Les épaisseurs d’aciers étaient donc extrêmement importantes, ce qui fait qu’aujourd’hui, même si certaines zones ont perdu 30 ou 40% d’épaisseur, ce n’est pas critique et il reste encore assez d’acier pour disposer d’importantes marges ».

Au final, l’expertise a permis de reclasser le dock pour une capacité de 3800 tonnes, soit 800 de plus qu’aujourd’hui, un niveau compatible avec les gros navires devant passer en cale sèche en Polynésie et même des unités plus imposantes, par exemple des bateaux de commerce. Quant à la durée de vie, là aussi ce fut une bonne surprise. Les militaires et acteurs économiques locaux s’attendaient en effet à devoir lancer un projet de remplacement du dock dans les toutes prochaines années. A l’arrivée, l’outil actuel va non seulement pouvoir être exploité jusqu’en 2030, comme espéré avant l’étude, mais il pourrait même durer bien plus longtemps, et pourrait être exploité sans souci jusqu’en 2040 ». En somme, le bon vieux dock flottant de Papeete peut jouer les prolongations pendant encore 20 ans.

Même si cette histoire a un parfum de nostalgie, il est bon de se rappeler que prendre des marges, ne pas tout optimiser pour un usage décrit exhaustivement et exclusivement sous forme d’exigences dans un cahier des charges peut avoir du bon. En voici une illustration polynésienne !

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