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Ravitaillement en vol de deux Caracal de l’escadron d’hélicoptères 1/67 « Pyrénées »
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26 mars 2023

« FANA MILI » ?

L’état militaire est, avec la gestion par l’employeur principal, un élément différenciant du corps des ingénieurs de l’armement. C’est un marqueur fort, visible, qui nous rattache à une histoire et qui nous oblige. Voici comment je l’ai moi-même vécu ces dernières années.


Lorsqu’on a pensé à moi pour incarner un profil d’IA « fana mili », je m’en suis trouvé tout étonné et, pour être franc, un peu vexé. Dans ce même numéro, d’autres seraient identifiés comme « régulateurs », « directeurs de programme » ou « grands ingénieurs ». L’abréviation « fana mili », au contraire, est un peu puérile. Et plus profondément peut-être, le mot sous-entend qu’on peut être « fana » ou « non-fana » (modéré ? raisonnable ?) dans sa manière de vivre son état militaire. Je ne me suis jamais posé cette question en ces termes.

Mais le fait est que mon parcours m’a permis de côtoyer de près les Forces, un peu plus que l’ingénieur de l’armement moyen. Deux postes sur quatre à l’armée de l’air, dont un en unité opérationnelle, ce n’est pas si fréquent. A Coëtquidan, on m’a dit plusieurs fois : « il n’y a pas de hasard ». Ce n’est pas tout à fait vrai, mais pas complètement faux non plus, je suis donc « fana mili » !

A l’origine, j’avais surtout la volonté de rentrer au service de l’État. A Safran, où j’avais été recruté à la sortie de Centrale, mon métier d’intégrateur et de systémier me plaisait. Mais j’avais le sentiment que l’État avait aussi besoin d’ingénieurs. En fin de FAMIA, j’ai demandé un poste aussi proche que possible de celui que j’exerçais dans le privé : de l’intégration de système embarqué à DGA Essais en vol.

Au bout de quelques mois, mon directeur de centre m’a dit que la DGA cherchait un jeune ingénieur de l’armement pour servir deux ans dans l’armée de l’air, comme officier mécanicien. Je me suis ainsi retrouvé en unité, bénéficiant d’emblée d’une confiance assez gratifiante de la part de mes chefs. C’est peut-être là un fruit de l’uniforme.

J’ai vu des mécaniciens passionnés par la technicité de leur métier, des commandos monter dans des hélicos en sachant qu’ils allaient au contact, des pilotes les emmener parce que c’était leur mission. Je resterai toujours fasciné par ces dispositions d’esprit que seuls le temps et la générosité peuvent construire.

De mes deux opex, je retiens la spontanéité avec laquelle chacun, pendant des mois, donne tant à son métier et à sa mission. Ce sont souvent des exemples de fidélité : fidélité à la mission, à l’intérêt du service, mais aussi aux familles restées en métropole et que certains appelaient invariablement tous les soirs.

Le code de la défense indique que l’état militaire exige « en toute circonstance esprit de sacrifice, pouvant aller jusqu’au sacrifice suprême, discipline, disponibilité, loyalisme et neutralité ». On y est, sans ambiguïté.

Je ne voudrais cependant pas limiter ma militarité à une affectation dans les Forces. Les militaires peuvent faire, avec disponibilité, loyalisme et neutralité, de la maîtrise d’ouvrage, de la régulation, et bien plus. C’est ce qu’attend la Nation des militaires depuis des siècles, le spectre d’emploi des militaires ayant longtemps été plus étendu qu’aujourd’hui. Une fois affecté sur les programmes Tigre et Guépard comme architecte moteur, je n’étais pas moins militaire parce que je défendais en costume-cravate, en anglais et avec l’OCCAR, nos exigences techniques, règlementaires ou financières.

En 2022, la DGA m’ayant proposé de candidater sur des postes de chef de cabinet et le directeur du SIAé m’ayant accordé sa confiance, j’ai retrouvé avec plaisir la maintenance aéronautique et l’armée de l’air. L’ambiance est différente de celle de l’escadron, et les bureaux plus confortables que bien des hangars, mais j’espère m’acquitter de ma tâche avec le même sens de la mission.

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Augustin Girard, IA

Ingénieur de l’armement recruté sur titres en 2015 après un début de carrière à Safran, il sert à DGA EV, puis dans un escadron d’hélicoptères de l’armée de l’air. Il rejoint en 2019 DGA IP comme architecte propulsion du Tigre et du Guépard. Il est depuis 2022 chef de cabinet du directeur du SIAé.

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