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Le tir de confiance, effectué à 15 m, symbolise la confiance mutuelle et la fraternité des soldats d’élite
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31 mars 2024

GIGN : UN GROUPE D’HOMMES

Publié par un IETA affecté au groupe | N° 131 - FACTEUR HUMAIN

Confiance : dénominateur commun qui existe entre les hommes et les femmes qui composent le GIGN, unité d’élite de la Gendarmerie. Elle se construit, s’entretient et permet de se trouver les yeux fermés. Elle s’affranchit de certains principes de précaution habituellement de mise, tant en opérations qu’en recherche de solutions techniques.



Le crédo de la Gendarmerie nationale est (d’être) « une force humaine » qui vise une façon d’être duale : à la fois en interne et au service de la population.

« S’engager pour la vie »

Au sein de cette institution dont l’ossature est assurée par les brigades, différentes dominantes et spécialités existent : « la mobile » pour le maintien de l’ordre, le PJGN(1) pour l’appui scientifique et numérique, les BR et SR(2) pour les enquêtes, ... et le Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale, unité spécialisée dans la lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée et les missions les plus critiques et dangereuses dans les domaines de l’intervention, de l’acquisition technique et humaine du renseignement, ainsi que de la protection de hautes personnalités étatiques (dans 50 % des ambassades, dont celles d’Ukraine, de Libye et d’Irak).

Si le GIGN central (Satory) est taillé pour les missions dites « de haut du spectre », le GIGN 3.0 (14 antennes) a été engagé 2617 fois en 2023. Dans les deux cas, l’objectif est de préserver des vies. En 2015 à Dammartin-en-Goële, l’objectif premier était de récupérer l’otage. Aussi, la prise en compte du facteur humain en mission constitue un moyen d’action à part entière : la négociation.

De la créativité

Pour rejoindre le GIGN, les gendarmes volontaires doivent faire preuve de qualités physiques et mentales mais aussi de créativité : lors du pré-stage (sélection), ils doivent se débrouiller avec rien pour mener à bien la mission confiée. Cela oblige, avec l’expérience, à devenir proactif sur la recherche de solution simple et efficace : chaque opérationnel applique cet héritage à tout ce qu’il entreprend lors de sa carrière.

L’approche « Bottom-up » au GIGN central, c’est 400 militaires et 1000 idées par jour... Opérationnels (250) comme concourants, tout le monde œuvre au quotidien pour l’amélioration des procédés tactiques, de l’armement, des équipements, des capteurs, des communications. Les missions spécifiques ainsi que le terrain imposent en outre des contraintes que seuls les « ops » connaissent. Ils dirigent et valident l’emploi de solutions avec accord de la hiérarchie (sauf contraintes spécifiques sur les plans juridique et technique, par exemple un émetteur radio puissant qui n’a pas été validé par qui de droit).

À missions spécifiques, moyens spécifiques

Les missions du GIGN ne sont pas celles des Forces Spéciales : l’usage des armes est le dernier recours pour résoudre une crise. Sur les missions quasi-hebdomadaires de rétentions familiales et forcenés armés, l’opérationnel privilégiera une cartouche dite « optimisée » avec une ogive expansive afin d’augmenter le pouvoir d’arrêt mais surtout de minimiser le risque de dégâts collatéraux. Chose impossible avec une munition traditionnelle utilisée dans les armées.

Faire optimiser la performance (efficacité/poids) d’un casque de protection balistique, solliciter une certification d’une longe aéro pour la sécurité des opérationnels et leurs missions spécifiques en hélicoptère, réaliser un bélier pour véhicules, concevoir un système d’interception d’embarcations, développer des capteurs de renseignement représentent un échantillon de « R&D » travaillé par les militaires du GIGN et ses partenaires.

Tous ces besoins opérationnels ont pour finalité la réussite des missions, le confort du matériel ou l’amélioration des entraînements. À ceux-ci s’ajoutent les besoins d’anticipation, comme pénétrer dans la maison connectée de demain ou encore préparer la gestion de crise aux JO2024.

Boucle courte

Pour la cellule innovation prospective (CIP, ex-R&D), faire avancer la R&D du Groupe revient à accompagner des porteurs de projets, passionnés par leur métier, qu’ils soient dans les forces, les sections techniques ou les cellules spécialisées (effraction chaude, ouverture fine, moyens spéciaux, « para », nautique, cyber, radio, infrastructure informatique, etc.).

« ES-TUUN INGÉNIEUR DE CANAPÉ OU UN INGÉNIEUR DE TERRAIN ? »

Une unité à taille humaine dessinée pour la crise :

La caserne Pasquier permet d’accéder à 1 minute à pied à tous les services, c’est la manière la plus courante d’interagir (plutôt que d’envoyer un mail). Faire un point avec une équipe d’opérationnels dans la journée, insérer un essai de matériel lors d’un entraînement ou encore obtenir rapidement une décision du C1, le général de division commandant le GIGN (y compris au café), c’est possible, c’est le quotidien. 

Toutes ces activités peuvent se décliner suivant plusieurs types, du développement interne, qui allie (savoureusement) théorie et pratique, au benchmark, où l’on porte la parole des opérationnels auprès des industriels, en passant par des développements particuliers.

Le développement interne est d’autant plus essentiel qu’il répond à des besoins spécifiques et réduit le nombre d’intermédiaires entre l’utilisateur final et le concepteur. Cette boucle courte permet de converger plus efficacement vers la solution opérationnelle.

Les domaines d’intervention s’étendent du numérique (CIP, cellule « dev », cellule « cyber ») à la création d’objets physiques, englobant l’impression 3D et le travail des métaux, du bois et des composites. Ces dernières activités sont prises en charge par la cellule technique d’adaptation opérationnelle (CTAO), garantissant ainsi un haut degré de personnalisation.

Se présenter à la CTAO en tant qu’ingénieur avec un fichier de maquette 3D à imprimer se transforme souvent en défi. Être un ingénieur de canapé ou un ingénieur de terrain, à leurs yeux et aux yeux des opérationnels, se détermine à la capacité à transformer les idées en réalités tangibles et à prendre en considération les contraintes du terrain et de la mission.

De par la proactivité des opérationnels, l’unité est très accessible aux industriels et des essais sont rapidement faisables si la solution semble tenir la route pour répondre aux besoins du terrain (qui dicte toujours, avec la mission, l’usage d’un matériel ou non).

Entre le marteau et l’enclume

Toutes ces activités de R&D s’accompagnent d’échanges avec d’autres administrations sur des sujets techniques, des financements ou des certifications. La CIP assure cette interface pour des opérationnels qui vivent au rythme des missions et attendent des résultats immédiats.

Si les équipements du GIGN sont relativement éloignés de ceux traités par la DGA, des liens fructueux existent. Néanmoins, des réponses de l’administration peuvent apparaître longues à venir sur des développements ou des certifications. Cette perception tient peut-être à la différence structurelle, outre l’aspect opérationnel.

Embauche stagiaires R&D

Depuis de nombreuses années la cellule R&D accueille des aspirants X ou IETA en formation humaine et militaire. C’est un défi pour des jeunes de 20 ans d’atterrir dans une unité où on n’entre pas facilement. Au même titre que chaque nouvel entrant, soutien ou opérationnel, c’est la façon d’être qui permettra de se faire accepter. Aller vers les autres, être à l’écoute, prouver son utilité par le travail sont les clefs d’un épanouissement que beaucoup ont vécu.

La DGA cherche à minimiser les risques liés au facteur humain afin de bâtir sereinement les « grands » programmes d’armement et notamment la dissuasion. Mais il lui est difficile d’aligner ses capacités sur les « petits » besoins d’unité comme le GIGN, qui reste une unité fondée à la fois sur une structure militaire mais aussi sur ses hommes.

L’AID est un exemple d’administration qui réussit à accompagner des unités comme le Groupe dans leur approche « bottom-up », notamment par sa capacité à écouter leurs expressions de besoin et à donner une chance aux opportunités formulées par le terrain.

Servir au GIGN est une expérience humaine et opérationnelle hors norme. Unité plastique par essence, passée de 20 militaires en 1974 à 1000 militaires à l’aune de ses 50 ans, le GIGN se doit d’être opérationnel en tout temps. En réaction aux crises les plus sensibles comme en anticipation des besoins de demain, porté par les valeurs d’exigence, d’expertise, d’adaptabilité et la souplesse décisionnelle de l’unité, le quotidien de la cellule innovation prospective au profit des opérationnels est multiple, toujours dynamique et bouillonnant.

1 - BR et SR : Brigades et Sections de Recherches

2 - PJGN : Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale

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un IETA affecté au groupe
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