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Hommage à Edith Piaf dans "mon manège à moi"
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01 juin 2021

MON AVION À MOI ?
LE SCAF VU PAR UN IGNORANT : POURQUOI C’EST SI DIFFICILE

Dans une telle coopération, les raisons du cœur sont essentielles ! Mon avion à moi, c’est industrie, emploi, maîtrise d’œuvre de sous-ensembles, haute technologie, IPR.


En 2015, l’introduction de notre magazine sur le Rafale rappelait que l’avion futur « demandera une bonne dose de confiance réciproque, qui reste à construire ». C’est toujours vrai !

La presse allemande considère - à tort - la mission persévérance sur Mars comme allemande. Le SCAF sera plus exigeant !

Les enjeux: ce qu’est le SCAF

Un système adopté par tous. Pour cela, chacun doit pouvoir se dire «mon pays est menant «, au moins sur une partie majeure

Une construction européenne. Ni l’Allemagne ni l’Espagne ne sont en mesure de développer seules un avion de combat : parce qu’en Allemagne le déploiement de la somme d’innovations nécessaires, pour une application essentiellement militaire, n’est pas dans leur culture, parce qu’en Espagne, l’extension à l’ensemble des technologies de l’ambition nationale n’est pas accessible sans apport extérieur. C’est vers nous, qu’ils devraient se tourner, pas vers les USA !

Un champion industriel ? Autant en France qu’en Allemagne, le SCAF doit produire le maintien ou l’émergence d’un champion industriel en aéronautique. Il reste à inventer la notion de champion européen, encore inconnue à cette échelle de complexité. On peut noter que le plan de relance aéronautique est là pour concevoir et produire en France.

Des inconnues et difficultés franco-allemandes du SCAF

120%. Il est évident que dans une coopération à trois chacun cherche à réaliser au moins le tiers des tâches sensibles. La seule solution est de construire un programme de 120%, un peu plus cher mais plus honorable. En passant, l’expérience montre que si le coût industriel est multiplié par la racine carrée du nombre de participants, le coût étatique est multiplié par son carré ! L’élargissement du programme, qui en 20 ans est passé d’un avion à un système multi vecteurs en réseau, facilite le partage sans compter les drones et les chars de combat.

Fédérale. Le processus de décision allemand est plus étalé, et passe (vraiment !) par le Bundestag, les Länder, les élections de septembre 2021.

Besoin  Il est clair que les besoins diffèrent, sans même parler des biais apportés par les considérations industrielles et régionales. Le besoin français s’appuie sur des notions inconnues ailleurs : OPEX, porte-avions, dissuasion. Une chance est que notre futur porte-avions n’est pas encore défini, et donc pourra être adapté, notamment à la masse de l’avion, avec un surcoût masqué. En évitant les 23 versions du NH90 chacun espère une aussi grande flexibilité !

Des questions en suspens

L’Espagne ? Le SCAF doit être une occasion de développer des travaux de haute technologie. Va-t-on les enlever aux ambitions des deux autres ? Le problème est insoluble, sauf à accepter un peu de foisonnement. On appliquera le théorème de Banach Tarski : il est possible de réaliser une partition de la sphère en deux parties disjointes identiques A et B, telles que par une simple rotation A, B et un troisième ensemble A’ identique à A puissent être placés pour couvrir exactement la sphère en restant disjoints. Mais pour cela, il faut d’abord partitionner la sphère en trois ! En d’autres termes, la participation d’un tiers doit être prévue dès le début, surtout dans un programme aussi imbriqué.

Les Britanniques ? Joker !

L’exportation ? Une difficulté au cas par cas, malgré les engagements écrits d’absence d’entrave à l’exportation du partenaire

Les capacités techniques affichées et les quantités à produire déclarées pour estimer le partage industriel et les droits.

Les essais chez moi (voir article DGA EP)

En conclusion,

la signature récente sur le SCAF n’est qu’une étape.

Il est permis d’espérer qu’elle aura un effet de cliquet, sur lequel s’appuyer pour avancer. Mais ce qui est incontournable c’est un affichage national et la fierté, un centre de production ; et ce qui est facultatif, au moins au début, c’est l’interopérabilité, un MCO commun, des armes communes.

Une condition de succès est que chacun puisse dire non pas mon avion à moi, mais mon SCAF à moi ! 

Auteur

Denis Plane, a commencé sa carrière sous le signe du naval à Toulon puis au STCAN. Passant par les missiles, le service technique des systèmes navals puis le service technique des technologies communes, il dirige la direction des programmes de la DGA jusqu’en 2003. Voir les 23 autres publications de l'auteur

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