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01 octobre 2017

DES INGÉNIEURS DE L’ARMEMENT DANS L’OPÉRATION SENTINELLE

Depuis fin juillet 2017, des ingénieurs de l’armement volontaires participent, le week-end, à l’opération Sentinelle en tant qu’officiers de liaison de la force Sentinelle à la Préfecture de Police de Paris.


Les raisons qui poussent les polytechniciens ou admis sur titre à intégrer le corps de l’armement sont aussi nombreuses qu’il y a d’ingénieurs de l’armement : la passion pour un domaine technique particulier, l’envie de servir l’Etat,… Depuis les attentats qui ont frappé notre pays en janvier 2015, la protection de la Nation fait également naître des vocations. Intégrer les armées, la Gendarmerie ou la Police est évidemment le choix principal pour nombre de jeunes. Mais, pour des ingénieurs, le corps de l’armement est une voie logique qui permet de concilier le service de la Nation et les compétences techniques de haut niveau. Ingénieurs de l’armement, nous participons indirectement à la protection du territoire et de la population en fournissant aux armées les matériels dont elles ont besoin.
Devant les attentats qui continuent de frapper le territoire, les Français sont de plus en plus nombreux à intégrer la réserve pour participer à l’effort collectif de défense et soulager les militaires d’active. Avec quelques autres, j’ai eu envie d’y participer en tant qu’ingénieur de l’armement mais on ne peut être à la fois d’active et de réserve. Après quelques recherches et soutenus par le CGARM, nous avons pris contact avec le colonel chef d’Etat-Major de la Zone de Défense Paris (EMZD-P), situé à Saint-Germain-en-Laye, qui nous a accueillis avec enthousiasme et esquissé plusieurs solutions.

« POUR DES INGÉNIEURS, LE CORPS DE L’ARMEMENT EST UNE VOIE LOGIQUE QUI PERMET DE CONCILIER LE SERVICE DE LA NATION ET LES COMPÉTENCES TECHNIQUES. »

Officier de liaison pour la mission Sentinelle à Paris
De nombreux militaires sont déployés sur l’ensemble du territoire pour faire face à la menace terroriste. Les militaires de l’opération Sentinelle, nombreux et visibles, travaillent en appui aux Forces de Sécurité Intérieures (FSI : Gendarmerie et Police) mais selon leur propre organisation et sans empiéter sur leurs missions quotidiennes.
En région parisienne, pour assurer la coordination entre les différentes entités (notamment en cas d’attentats), un ou deux officiers de liaison sont détachés à la Préfecture de Police de Paris (PPP). En tant que militaire en mission Sentinelle et représentant le centre opérationnel interarmées au sein de la préfecture de police, l’officier de liaison doit pouvoir :
- Expliquer les modalités d’action de la force Sentinelle ;
- Renseigner la hiérarchie militaire sur toute activité susceptible d’impacter la mission Sentinelle (manifestations, évènements, incidents) ;
- Suivre et renseigner la préfecture de police de toute action de la force Sentinelle ;
- Informer la hiérarchie militaire sur la coordination de la force Sentinelle avec les FSI
Les postes d’officiers de liaison sont occupés soit par des membres de l’EMZD-P, soit par des réservistes qui s’inscrivent selon leurs disponibilités. Ce sont des postes 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 et, en particulier le week-end, ils sont compatibles avec une activité professionnelle. C’est ce que nous avons retenu pour les ingénieurs de l’armement. Après avoir exposé ce projet à la DRH, un appel à volontaires a été lancé à l’attention des ingénieurs de l’armement en début de carrière. Huit se sont portés volontaires (3 à DGA MI, 1 à DGA EV, 1 à la DRM, 1 en thèse, 2 au CATOD).

Une permanence à la Préfecture de police de Paris
Une permanence dure 24 heures. Les officiers de liaison arment un poste à la Direction de la Sécurité de Proximité de l’Agglomération Parisienne (DSPAP), chargée de la prévention de la criminalité, de la délinquance et des autres atteintes à la sûreté et à la tranquillité publique et/ou un poste à la Direction de l'Ordre Public et de la Circulation (DOPC), chargée du maintien de l'ordre public et de la protection du siège des institutions.
Lors de la prise de poste, l’officier descendant échange les consignes avec l’officier montant. Alors commence la mission de 24h au cours de laquelle l’officier de liaison est joignable 24h/24 en cas d’évènement grave. L’officier de liaison est régulièrement en contact avec le centre opérationnel de l’EMZD-P pour rendre compte et assurer sa mission. Celle-ci demande une grande disponibilité et une écoute attentive. Jalonnée par les évènements quotidiens, la journée passe vite et, lorsque la situation est calme, les policiers sont très avenants et n’hésitent pas à échanger sur leurs postes, missions, organisation. En cas d’événement grave, l’officier de liaison est chargé de transmettre au centre opérationnel interarmées tout élément permettant de mieux comprendre la situation (qui, quoi, où,…) et de transmettre les demandes de renfort exprimées par les FSI (par exemple : la défense d’un périmètre de sécurité, la protection d’hôpitaux,…).

Une expérience utile et enrichissante
Notre participation à l’opération Sentinelle en tant qu’officier de liaison est avant tout utile pour le centre opérationnel qui recherche régulièrement des volontaires pour ce poste. Nous partageons ainsi une partie du fardeau des armées et découvrons une partie de l’exercice de leur métier. Cette expérience commune ne pourra que faciliter nos échanges futurs avec les forces. Même si cette opération débute juste, elle suscite déjà un intérêt de la part des officiers, qui sont à la fois surpris et heureux de rencontrer des ingénieurs de la DGA.
D’un point de vue personnel, cette expérience est enrichissante car elle permet de découvrir le monde opérationnel. Suite aux différents échanges que nous aurons avec les forces, nous serons plus à même de comprendre leur quotidien et, plus tard, de mieux répondre à leurs besoins.

« CETTE EXPÉRIENCE COMMUNE NE POURRA QUE FACILITER NOS ÉCHANGES FUTURS AVEC LES FORCES. »

L’immersion au sein de la préfecture de police permet également de découvrir les forces de police (l’organisation, les services, le langage) et le travail interministériel nécessaire pour assurer la protection de la population en Ile-deFrance.
L’organisation de la Police est ainsi proche de celles des armées (hiérarchie, grade). Nous retrouvons par exemple les grades de Lieutenant, de Capitaine et de Commandant. Durant ma première permanence, j’étais en doublon avec un commandant de réserve de l’armée de Terre. En dehors de la réserve, il est… Capitaine de Police ! Il me raconta l’histoire de ces grades. Une des ancêtres de l’actuelle Ecole Nationale Supérieure de la Police, qui forme les officiers de Police, est l’Ecole Nationale de Police. Son premier directeur, durant la seconde guerre mondiale, est l’amiral VEN, qui a notamment commandé l’Ecole Navale. Il a donc donné aux policiers les mêmes grades que les marins. Oubliez donc le « mon » devant le grade des officiers de Police.
Enfin, d’après le communiqué suite au CGARM du 20 avril, « une période obligatoire de mobilité des IA hors DGA [est] motivée par la nécessité d’élargir les connaissances et l’ouverture d’esprit des IA ». Il est certain que cette expérience interministérielle et opérationnelle y contribue.


Richard Castaing, IA Responsable d’étude au CATOD

X2010, Richard Castaing a intègré le corps de l’armement en 2013, et occupe son premier poste au CATOD depuis 2015.

 

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