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01 mars 2020

Nouvelles menaces en guerre des mines ... Quelles réponses ?

La mine a peu évolué d’un point de vue technique depuis sa première utilisation comme arme de blocus naval à la fin du XIXème siècle. Simple et peu couteuse à manufacturer, facile à mettre en œuvre, cette arme a démontré son efficacité tactique et stratégique lors des deux derniers conflits mondiaux. La menace mines réapparait périodiquement (1980 Guerre Iran-Irak, 1991 Guerre du Golfe, 2011 Embargo iranien, 2017 Conflit yéménite) mais la montée en puissance des marines chinoises et russes depuis 2010 a remis cette menace au goût du jour car les mines s’inscrivent dans leur stratégie de déni d’accès et servent leurs revendications territoriales et maritimes. Quelles sont les évolutions à attendre de cette menace et quelles peuvent être les réponses des marines occidentales à cette menace diffuse dont le but est d’entraver leur liberté d’action?


L’évolution de la menace Mines

On peut classer les mines en trois catégories: les mines de fond qui reposent généralement dans des eaux peu profondes pour protéger des plages ou l’accès à un port, les mines à orin qui sont mouillées plus profond et ont une flottabilité positive, pour obstruer un détroit et enfin les mines dérivantes, qui flottent en surface ou entre deux eaux au gré des courants. Leur charge explosive (TNT) jusqu’à plusieurs tonnes peut rester une menace pendant plusieurs décennies. Les mines marines se distinguent aussi par leur mise de feu (contact, magnétique, acoustique ou dépressionnaire). Elles peuvent combiner plusieurs de ces modes, être équipées de compteur de passage de navires pour leurrer l’adversaire. Les plus sophistiquées perturbent la classification sonar par leur forme ou leur capacité d’enfouissement. Enfin, les mines peuvent être mises en oeuvre en masse (mines flottantes), rapidement (aérolargage) ou discrètement (sous-marin).

 


ROV développé par ECA pour le Mine identification
& destruction système (MIDS)

La mine est un objet plutôt simple qui peut générer un haut niveau de perturbation ou d’entrave. De ce fait, la guerre des mines est au centre de la stratégie navale de nombreux pays : Chine (100.000 mines de 30 types différents), Corée du Nord d (50.000 mines), Russie (250.000 mines de tous types), Iran (5.000 mines). Ces pays ont une capacité de développement et de production de mines. Pour un coût relativement modeste, ils peuvent intégrer les technologies les plus récentes (communications, IA, drones, autonomie décisionnelle ou énergétique) pour imaginer des mines marines toujours plus sophistiquées, efficaces et difficiles à neutraliser.

La clé de compréhension dans l’évolution de la menace Mines est la capacité de l’ennemi à développer vite et sans gros moyens une menace nouvelle qui va considérablement nous gêner.

Les réponses aux nouvelles menaces

Depuis 1970, les réponses des marines occidentales privilégient le concept de “chasse aux mines” par un bâtiment spécialisé (amagnétique et équipé de sonars) au “draguage de mines” par un remorqueur de dragues (mécanique, acoustique ou magnétique) en vigueur pendant les deux derniers conflits mondiaux. Le draguage est plus rapide et plus simple mais il est aveugle et son efficacite reste discutable. La chasse se décompose en plusieurs phases : détection d’objets au sonar, classification des objets jugés suspects par un opérateur assisté par des logiciels, identification à la vidéo des mines parmi les objets suspects et neutralisation de la mine.


Devant ces nouvelles menaces et pour remplacer leurs capacités de guerre des mines vieillissantes, américains et européens se sont lancés depuis 2010 dans l’évaluation d’un nouveau concept de lutte contre les mines. Le chasseur de mines conventionnel est remplacé par un navire mère équipé d’un système de drones de surface, sous-marins et aériens, qui ne rentre plus dans le champ de mines et démine plus vite grâce au parallélisme de l’action des drones.

 

La mine italienne Manta, équivalent de 130 kg
de TNT et ses senseurs acoustique, magnétique
et sismique.

La guerre des mines aux Etats-Unis

Les mines marines ont représenté la menace principale de l’US Navy depuis 1950. En effet, quinze de ses navires de combat ont été coulés ou endommagés par des mines pendant la période.

Depuis 2010, l’US Navy conduit plusieurs projets dont le plus prometteur est un module de guerre des mines (MCM) développé par Raytheon avec des systèmes de drones de surface, aériens et sous-marins autour du sonar AN/AQS-20 et de la munition de neutralisation « Barracuda ». Ces modules conteneurisables pourront opérer depuis la terre et embarquer sur des bâtiments non spécialisés comme les Littoral Combat Ships (LCS) ou ceux du Military Sealift Command (Expeditionary Mobile Base et Fast Combat Support Ships) à partir de 2025.

La guerre des mines en Europe

La guerre des mines est un “domaine d’excellence” mondialement reconnu de certaines marines européennes. C’est pourtant le domaine de lutte qui a le plus souffert des restrictions budgétaires depuis la fin des années 1980.

La crédibilité de la dissuasion nucléaire de la France et du Royaume Uni passe pourtant par l’efficacité de leur force de guerre des mines (départs et retours de patrouille des SNLE). Ces deux pays ont donc lancé en 2011 le développement de deux modules identiques de systèmes de drones baptisés Maritime Mines Counter Measures (MMCM), qui  seront livrés en 2020. Pour la France, le module MMCM servira à spécifier le standard des drones du Système de Lutte Anti-Mines Futur (SLAMF) qui équiperont les quatre navires mère (non encore spé+cifiés) destinés à remplacer les chasseurs de mines tripartites (CMT) français à partir de 2025.

La Belgique et les Pays-Bas ne sont pas en reste. Ils ont lancé en 2016 un développement capacitaire baptisé Next Generation Mine Counter Measure Capability (NG MCMC) visant à remplacer  entre 2025 et 2030 leurs chasseurs de mines tripartites (CMT). La Belgique, qui a le leadership dans le développement des capacités de guerre des mines pour les deux marines, a passé un contrat mi 2019 au consortium  Naval Group (bâtiment) et ECA Group (système de drones) pour 12 navires mère équipés de systèmes de drones de surface, sous-marins et aériens.

En quoi cette solution est-elle adaptée aux nouvelles menaces Mines ? Naval Group et ECA Group ont proposé un concept très intégré aux performances exceptionnelles mais surtout un système interopérable et très ouvert, donc capable d’évoluer vite face aux nouvelles menaces et ceci d’autant plus que le consortium maîtrise tous les éléments clefs du système dans ses unités de développement et de production. Le consortium et les marines belge et néerlandaise ont d’ores et déjà prévu un plan d’évolutions du système pendant la vie du navire pour prendre en compte les nouvelles menaces et les nouvelles technologies. A titre d’exemples, intégrer dans le futur une capacité de traitement des mines enfouies paraît tout à fait réalisable sur ces navires mais aussi intégrer au navire des drones de nouvelle génération aux capacités accrues.

L’agilité est une des clefs face aux nouvelles menaces

Le vieillissement de leurs capacités, l’obsolescence du concept du chasseur de mines conventionnel mais surtout certains  états « imprévisibles » et « créatifs » en terme de menace « mines », ont amené Européens et Américains à accélérer  leurs recherches et projets en matière de guerre des mines depuis 10 ans. Les budgets restent cependant modestes et comme  les efforts financiers privilégient les capacités de « tenue de rang » permettant la projection de puissance (porte-avions, aéronefs, missiles…) ou la dissuasion nucléaire (SNLE), ces recherches sont étalées dans le temps et non agiles.

A l’échelle européenne, les besoins sont très similaires d’un pays à l’autre et la coopération entre états paraît indispensable. Si elle voit le jour, cette coopération devra privilégier les systèmes de drones ouverts, interopérables et faciles à intégrer sur tout navire. ECA Group travaille en ce sens depuis plusieurs années en partenariat avec Naval Group.

 

Neutralisation d’une mine de la 2nde guerre
mondiale en mer Baltique.

 

    
Guénaël Guillerme, ICA, PDG ECA
ENSTA Bretagne 86, Guenaël Guillerme a commencé chez DCNS sous l’angle informatique (CAO). Il s’occupe ensuite de carénages à Toulon avant de rejoindre ECA. Il devient DG du groupe, puis PDG depuis 2005 avec une parenthèse dans le monde du web entre 2009 et 2012. 
 

 

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