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Cuve EPR, prête à être livrée
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16 octobre 2023

LA GESTION DES COMPÉTENCES DANS LE NUCLÉAIRE
L’EXEMPLE DE L’USINE DE SAINT-MARCEL DE FRAMATOME

L’usine de Saint-Marcel (71) de Framatome fabrique les gros composants de la boucle primaire des réacteurs nucléaires : les cuves, les générateurs de vapeur et les branches primaires. Le travail, en grande partie manuel concernant le soudage et certains contrôles, nécessite des compétences spécifiques.


 

Quelques chiffres clés sur l’EPR

Un réacteur nucléaire EPR est composé d’une cuve (corps et couvercle), qui abrite la réaction de fission, et de quatre générateurs de vapeur, qui refroidissent l’eau du circuit primaire en vaporisant l’eau du circuit secondaire, vapeur qui fait tourner le générateur (la fameuse turbine Arabelle). La cuve pèse plus de 550 tonnes et supporte des pressions supérieures à 170 bars. Chaque générateur de vapeur mesure plus de 24 mètres pour environ 525 tonnes.

Les forges, comme celle du Creusot, fournissent les gros constituants (viroles, fonds, calottes, etc.) des cuves et générateurs de vapeur. Ils sont assemblés à Saint-Marcel, par soudage.

Du travail en grande partie manuel … et très contrôlé !

L’assemblage d’une cuve nécessite environ 80 000 heures de travail, un peu plus de 50 000 heures pour un générateur de vapeur. Si la robotisation et l’automatisation des procédés de soudage et de contrôle sont des axes de travail prioritaires de l’usine, le travail reste manuel pour plus de 70 % des opérations. Les métiers phares sont divers : soudeur, chaudronnier, usineur, thermicien ou encore … contrôleur non destructif. En effet, la première mission des constituants du circuit primaire n’est pas de contribuer à la production d’électricité mais d’assurer la sécurité et la sûreté des centrales nucléaires. C’est la priorité de Framatome et la qualité des produits est donc surveillée de très près : aux multiples contrôles internes s’ajoutent la surveillance indépendante Framatome ainsi que la surveillance exercée d’une part par les clients et d’autre part par les organismes habilités par les autorités de sûreté des pays concernés.

Une école de soudage interne

J’ai eu l’occasion de souder (sur une plaque test je vous rassure) : ce n’est pas évident, ne serait-ce que d’aller droit, le champ de vision étant très réduit. Et pourtant j’étais dans d’excellentes conditions (pas de fatigue, position adéquate, etc.). Le soudage est bien plus complexe qu’il n’y parait. Il faut choisir le procédé (électrode enrobée, TIG, etc.), le matériau d’apport et sa nuance, les paramètres de soudage (vitesse, intensité, etc.), etc. qui répondent à des exigences de fabrication spécifiques. Puis il faut qualifier le mode opératoire afin de s’assurer que le résultat est conforme à la spécification. Cette qualification dure plus d’un an et fait l’objet de nombreux contrôles, destructifs dans ce cas.

Il faut ensuite qualifier le soudeur, ce qui peut prendre plusieurs semaines même à un soudeur confirmé. Il existe plus d’une centaine de qualifications différentes dans l’usine et un soudeur peut en avoir jusqu’à une dizaine. Chaque qualification est de plus à renouveler régulièrement (tous les six mois au minimum). Les enjeux sur le développement et le maintien des compétences sont donc énormes. Pour cela, l’usine dispose d’une école de soudage, qui vise à former les nouveaux entrants et à maintenir les compétences des soudeurs indispensables pour assurer la production. Cinq à six cents qualifications sont ainsi délivrées tous les ans par l’école.

« UN SOUDEUR DE L’USINE EST DEVENU EN JUIN CHAMPION DE FRANCE DE SOUDURE À L’ÉLECTRODE ENROBÉE. UNE BELLE RECONNAISSANCE POUR LE TRAVAIL DE FORMATION ET DE DÉVELOPPEMENT DE COMPÉTENCES MIS EN PLACE DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES. »

L’école contribue de plus au recrutement. L’usine embauche actuellement une quinzaine de soudeurs par an (pour un effectif total de près de 100 soudeurs). Le vivier étant contraint, une autre voie a été développée il y a plusieurs années avec l’union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) : les CQPM (pour certificat de qualification paritaire de la métallurgie). Il s’agit d’un mécanisme de reconversion, les personnes étant formées (et salariées) pendant un an au soudage puis, si elles confirment leur appétence et ont le niveau requis, sont recrutées par Framatome. L’usine assure ainsi plus d’un tiers de ses recrutements en soudeurs mais également en contrôleurs, chaudronniers et usineurs.

Soudage sur un générateur de vapeur

Soudage sur un générateur de vapeur

Framatome et la défense
Framatome a lancé en octobre 2020 la marque Framatome Défense pour promouvoir ses activités au profit de la défense, affirmer son engagement et renforcer sa contribution à ce secteur stratégique. En effet, depuis des décennies, Framatome intervient notamment sur les composants de la propulsion nucléaire de la marine nationale française. Par exemple, en juin 2021, Framatome a démarré les fabrications pour les chaufferies du PA NG sur son site du Creusot avec une première pièce forgée de démonstration de plusieurs dizaines de tonnes.
De plus, la défense et le nucléaire partagent de nombreux points communs : matériels en service sur plusieurs dizaines d’années, investissements importants avec le soutien indispensable de l’État, très grande technicité, petites séries, etc. Les parcours croisés entre la défense et le nucléaire méritent d’être développés et Framatome est prêt à accueillir des ingénieurs de l’armement en période d’ouverture. N’hésitez plus !

La relance du nucléaire à Saint-Marcel

Après une période creuse, qui a conduit à un plan de départ volontaire conséquent en 2015 (avec la perte de compétences associée), le changement de braquet est important : la production va devoir doubler dans les cinq prochaines années pour répondre aux projets d’EPR2 pour le parc français. Outre des recrutements importants, un investissement conséquent est prévu afin d’augmenter la surface de l’usine et d’installer de nouveaux équipements avec notamment le soutien de France Relance. L’usine va de plus passer à une production rythmée tout en assurant le meilleur niveau de qualité. Le nucléaire a aussi, comme la défense avec l’économie de guerre, un objectif d’augmenter les capacités de production.

, IPA, responsable du pilotage du plan industriel de l’usine de Saint-Marcel de Framatome

Il est détaché chez Framatome depuis mai. Il était jusqu’alors chef de cabinet du Directeur des opérations de la DGA. Auparavant, il a été rapporteur de la mission sur les grands corps techniques de l’État, a travaillé au SGDSN sur la sécurité économique et la non-prolifération et au CATOD.

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