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Πάντα ῥεῖ (littéralement "toutes choses coule") 
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13 octobre 2022

LA TERMINOLOGIE DU NUMÉRIQUE : BEAUCOUP DE VARIANTES.

Le monde du numérique est en pleine ébullition depuis des lustres, chauffé principalement par les USA. La terminologie en souffre, plus en France que dans les pays anglo-saxons, car la sémiologie et la sémantique sont plus le résultat d’initiatives locales que de consensus d’experts en relation avec les utilisateurs concernés, dont les décideurs qui utilisent les termes sans toujours bien comprendre. Si la terminologie est trop variable, c’est la tour de Babel. 


Un bon exemple, hélas trop ancien pour pouvoir être corrigé, est la différence entre sécurité et sûreté. 

Safety, un faux ami

En anglais, « safety » est la caractéristique d’un système fiable, disponible et maintenable alors que « security » est son aptitude à résister aux attaques ; « safety » se traduit « normalement » par « sécurité » et « security » par « sûreté », comme c’est encore le cas au moins dans les domaines traditionnels de l’aéronautique et du maritime, et comme indiqué dans la DGA/AQ 902. Et patatras, quelqu’un a traduit « cybersecurity » par « cybersécurité », le terme s’est répandu et le vocabulaire est devenu globalement incohérent, ce qui obscurcit certainement la vision de beaucoup de décideurs. Comme beaucoup de sujets qui gênent, c’est maintenant tabou et personne n’en parle.

Data

La plupart des auteurs utilisent « data » au sens de « données ». On trouve « la data », le « data » (dans « le big data »), « les data », « les données », « la donnée » avec des sens apparemment voisins.

Les anglo-saxons eux-mêmes se posent des questions ; ainsi l’ONS britannique (Office for National Statisics) a décidé en 2016 de conserver le pluriel malgré la généralisation du singulier, the main rationale being that people were less likely to be offended.

Donnée-produit

École pour mettre l’accent sur un point faible des projets. Comprendre « donnée » comme « ensemble de données gérées de manière cohérente ». Les anglo-saxons tentent de faire la différence entre data product et data as a product, ce dernier étant défini et suivi en termes de qualité et de gestion de configuration. A ne pas confondre avec le sens de « données sur les produits » qu’on trouve dans des textes traitant de mercatique (marketing) ou de commerce.(1)

La cyber, le cyber

« Cyber » est normalement un préfixe renvoyant au domaine de l’informatique et des communications. Il recouvre cybersécurité, évoqué plus haut, mais aussi cyberattaque, cyberdéfense, cybercafé, cybercommerce .... 

Certains en font un substantif désignant ce domaine « du cyber », mais on emploie aussi « la cyber » synonyme de « cybersécurité ». A noter que sur le site de l’ANSSI on parle de « menaces cyber ».

Numérique ou digital ?

En anglais, le mot «digital» se réfère le plus souvent aux nombres alors qu’en français il se réfère aux doigts. Mais les deux sens existent aussi en anglais. En français, la traduction correcte de « digital » dans les sciences de l’information devrait être « numérique », mais on trouve assez souvent « digital », comme quoi tout cela revient à compter sur ses doigts !

Etre ainsi à la remorque des anglo-saxons en matière de vocabulaire nous permet-il vraiment d’être à la pointe de l’innovation ?

Yves Desnoës, a mené une double carrière, consacrée pour moitié à l’environnement marin, notamment au SHOM, dont il a été directeur, et pour moitié aux systèmes d’information. Il a été le fondateur du programme SCCOA - Système de commandement et de conduite des opérations aériennes dès 1986. Il est membre correspondant du Bureau des longitudes et ancien président de l’Académie de Marine.%F%

(1) : https://www.ssi.gouv.fr/actualite/campus-cyber-ensemble-au-service-dune-grande-nation-numerique/

Auteur

Yves Desnoës, a mené une double carrière, consacrée pour moitié à l’environnement marin, notamment au SHOM, dont il a été directeur, et pour moitié aux systèmes d’information. Il a été le fondateur du programme SCCOA - Système de commandement et de conduite des opérations aériennes dès 1986. Il est membre correspondant du Bureau des longitudes et ancien président de l’Académie de Marine. Voir les 4 autres publications de l'auteur

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