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01 mars 2018

LE LEVAIN DANS LA PÂTE : LES INGENIEURS DE L'ARMEMENT ET LA TRANSFORMATION

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »... Pour un chimiste, c’est naturellement la première idée qui vient à l’esprit à l’évocation de la notion de transformation. Et pourtant, n’en déplaise à Lavoisier, cette phrase paraît quelque peu réductrice du fait de sa tournure passive. En effet, la transformation est un processus qui demande de l’énergie, qu’elle pro-vienne de l’objet de la transformation ou de son environnement : ainsi peut-on transformer, se transformer... ou être transformé.


Le choix du titre de ce numéro de notre ma-gazine, qui célèbre le cinquantième anniver-saire de la création du corps militaire des ingénieurs de l’armement par la loi 67-1115 du 21 décembre 1967, ne doit évidemment rien au hasard, tant les ingénieurs de l’armement ont été, sont, et doivent être à la fois objets, pilotes et ca-talyseurs de transformations, capables d’agir sur les systèmes (de toute nature) auxquels ils sont confrontés tout comme le levain agit sur la pâte faite d’eau et de farine.

C’est ainsi que les ingénieurs de l’armement ont contribué depuis leur naissance, et de manière déterminante, à la transformation de l’outil de défense – en particulier à travers la construction de la dissuasion nucléaire - dans le droit fi l des corps d’ingénieurs dont ils héritent et dont l’article de Flavien Dupuis retrace l’historique ; cette action s’étend bien au-delà des frontières de l’armement comme l’illustrent en particulier Marc Leclère et Jean-François Pacault dans le domaine des SIC et Patrick Guyonneau dans celui de la sécurité.

Les métiers des ingénieurs de l’armement se transforment eux aussi constamment : les fonda-mentaux demeurent (compréhension et traduction du besoin opérationnel, maîtrise de la complexité, recherche des meilleurs compromis coûts – délais – performance...) mais leur mise en œuvre connaît des évolutions, voire des révolutions. La place qu’entend conserver la France dans le concert des nations, et son ambition d’un modèle d’armée complet, malgré la contrainte budgétaire, main-tiennent à un niveau très élevé les exigences vis-à-vis de l’outil de défense, avec à la clé de nouvelles approches pour la construction des capacités, objet de l’article de François Mestre et Gilles de Robillard. Sur un autre plan, la transformation numérique, sur laquelle reviennent Eric Bujon et Jérôme Lemaire, a un impact profond sur ces métiers et sur les compétences qu’ils requièrent.

Le corps est d’ailleurs confronté à un double défi, celui de l’attractivité et celui de la fidélisation, sur un marché du travail qui manque d’ingénieurs et face à des générations qui expriment de nouvelles attentes et parfois de nouvelles exigences vis-à-vis de leur employeur. C’est pourquoi le corps se transforme, comme le décrit Pascal Fintz, a profondément revu sa gestion des parcours professionnels sur laquelle revient Claude Chenuil. Ces parcours doivent plus que jamais tirer parti des opportunités – sinon des exigences – de rayonnement, dans l’administration, l’industrie, ou à l’international (notamment dans les organisations européennes où une nouvelle dynamique de coopération de défense sur laquelle se penche Patrick Bellouard dans son article, est actuellement à l’œuvre), pour assurer le renouvellement des compétences du corps et leur plein épanouissement. Il s’agit d’ailleurs non seulement des compétences techniques mais également des qualités managériales des ingénieurs de l’armement: la vocation du corps exige dans ce domaine aussi une ambition élevée, de sorte à faire des IA une exception dans le paysage de «faillite de la pensée managériale» que déplore un célèbre sociologue français dans un récent ouvrage.

Enfin, l’environnement politique et stratégique de plus en plus exigeant et incertain constitue peut-être le plus grand des défis actuels pour le corps des IA. Celui-ci est ainsi au cœur des attentes d’agilité et d’innovation ex-primées par la ministre des Armées vis-à-vis de la DGA, et doit plus que jamais s’attendre à des vents contraires dont Philippulus se fait le prophète, pour mieux préparer les esprits à les affronter. Pour autant, les témoignages de l’ancienne présidente de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale Patricia Adam, de l’amiral Alain Coldefy, et du Directeur général opérations du groupe Thales Pierre-Eric Pommellet qui ouvrent ce numéro, ainsi que l’honneur que nous fait le Premier Ministre, M. Edouard Philippe de le préfacer, expriment la confiance faite aux ingénieurs de l’armement, et la reconnaissance de leurs spécificités, en particulier dans l’appréhension des enjeux de long terme.Cette confiance, fondée sur cinquante ans de services et de mérites éminents, nous honore autant qu’elle nous oblige pour les cinquante années à venir. Puissent les ingénieurs de l’armement continuer à servir avec bon-heur la transformation de la Défense et de l’Etat, et nos continuateurs se faire l’écho dans le numéro du cente-naire d’un corps toujours en mouvement, et fier de ses accomplissement.

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