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01 mars 2018

LES TRANSFORMATIONS EN VUE EN EUROPE VONT OUVRIR DE NOUVELLES OPPORTUNITÉS POUR LES IA

Depuis longtemps, les ingénieurs de l’armement ont été amenés à sortir du cadre national et à exercer leurs compétences dans un cadre international, que ce soit au sein de l’Otan, créée bien avant la fusion des corps d’ingénieurs militaires, ou d’agences rattachées à l’Otan, ou encore au sein d’instances plus récentes créées au niveau européen ou au profit de programmes d’exportation.


La coopération européenne en matière de défense et de sécurité a retrouvé un nouveau souffle au cours des deux dernières années avec la chute d’un certain nombre de tabous et le lancement récent d’initiatives structurantes comme la coopération structurée permanente, comme l’a récemment souligné une tribune d’EuroDéfense-France parue dans le Monde (version numérique) du 16 novembre dernier. Dans ce contexte, les IA vont avoir de nouvelles opportunités au niveau européen pour vivre de nouvelles expériences et diffuser les compétences françaises et ils pourront en retour faire bénéficier la France de leur expérience internationale, sous réserve de la mise en place d’une stratégie de gestion des ressources humaines appropriée, à la fois pour l’envoi de personnels compétents dans les instances internationales ou communautaires et pour le retour en France de ces personnes.

Les IA vont avoir de nouvelles opportunités au niveau européen …

Aujourd’hui, les principales affectations d’IA à l’étranger, qui pour la plupart portent sur une durée comprise entre 3 et 5 ans maximum et se terminent par un retour en métropole au sein du ministère de la défense, concernent soit des affectations en ambassade, soit des affectations au sein d’organismes en charge de la gestion de programmes d’armement, des agences de l’OTAN ou rattachées à l’OTAN comme la NAHEMA en charge du programme NH90, et surtout l’OCCAR qui a été mise en place par une Convention signée en 1998 par l’Allemagne, la France, l’Italie et le royaume Uni précisément pour gérer des programmes d’armement en coopération et qui gère aujourd’hui une douzaine de programmes.  

J’ai eu la chance au cours de ma carrière de vivre ces deux types d’expérience, d’abord pendant 3 ans au sein de l’ambassade de France à Washington, puis en fin de carrière pendant 5 ans à Bonn comme directeur de l’organe exécutif de l’OCCAR. Tout en étant fort différentes, ces deux expériences ont été pour moi très enrichissantes à tous points de vue, y compris au plan familial.

Les postes en ambassade pour des ingénieurs de l’armement sont relativement peu nombreux. Leur nombre a été réduit au cours des trente dernières années, à Washington du fait principalement de la réduction des achats en FMS (Foreign Military Sales) par la France, et dans les grandes capitales européennes du fait de l’accroissement des relations entre partenaires européens. L’intérêt principal d’une affectation en ambassade pour un IA réside dans l’apprentissage et l’exercice d’un rôle pour le moins inhabituel pour un ingénieur, celui de diplomate. Ce rôle oblige l’ingénieur, qui n’y est pas nécessairement préparé par sa formation initiale, à découvrir un nouveau pays, son administration, sa culture, ses modes de fonctionnement, qui peuvent parfois surprendre, à établir des relations de confiance avec des représentants de cette administration étrangère, tout en travaillant au sein d’une équipe française, celle de l’ambassade. 

La confrontation des cultures et des expériences est extrêmement enrichissante …

L’intérêt d’une affectation au sein d’un organisme international, particulièrement au sein de l’OCCAR qui est appelé à devenir l’organe privilégié de gestion de tous les programmes en coopération à forte participation européenne, dès lors qu’ils ne sont pas gérés par une nation au profit des autres Etats participants, réside dans le fait qu’on y exerce les mêmes métiers qu’au sein de la DGA mais cette fois au sein d’une équipe multinationale, où se confrontent cultures et expériences différentes. Cette confrontation des cultures et des expériences est extrêmement enrichissante, sous réserve d’éviter les incompréhensions et les blocages qui pourraient résulter par exemple d’une absence de dialogue constructif au sein de l’équipe.

Pour ma part j’ai vécu ces 5 années comme directeur de l’OCCAR avec un immense bonheur, ayant vraiment la conviction de conduire une équipe volontaire, efficace et soudée, soucieuse de l’intérêt de tous ses clients et résolue à répondre au mieux à leurs besoins et à résoudre tous les problèmes rencontrés (et il y en a eu bien entendu au cours de ces 5 ans). J’ai pu constater au cours de cette mission à quel point la compétence d’un membre de l’équipe peut naturellement s’imposer au reste de l’équipe lorsque cette compétence est manifeste et qu’elle est exercée sans arrogance, c’est-à-dire avec une capacité d’ouverture, de conviction et de questionnement, voire de remise en cause. Ainsi, au sein de l’OCCAR, la compétence des personnels français est en général très largement reconnue par les autres personnels. Et il m’est arrivé plus d’une fois d’entendre un responsable national étranger louer les qualités et compétences de tel ou tel ingénieur français de l’OCCAR.  

Si l’on se projette vers l’avenir, il y a de bonnes raisons de penser que l’OCCAR verra son rôle renforcé. Hormis les cas des programmes en coopération dans lesquels une nation joue un rôle prépondérant et peut alors facilement gérer le programme pour le compte de ses partenaires (modèle Hélios), il est clair que la solution OCCAR constitue désormais la meilleure solution pour la gestion des futurs programmes en coopération : on peut en effet aisément démontrer que c’est une solution plus économique et plus rapide à mettre en place que toute nouvelle agence ou tout nouveau bureau de programme spécifique, elle permet en outre une extension facile ultérieure à d’autres partenaires.

Ceci est déjà bien compris par la Commission européenne qui, dans le cadre du projet de règlement qu’elle propose pour la mise en place d’un fonds européen pour le soutien des programmes de développement de défense en coopération, cible l’OCCAR comme organisme privilégié pour la gestion de ces programmes. On peut même penser que l’OCCAR pourra, le moment venu, jouer le même rôle que celui que joue l’Agence spatiale européenne sur le programme Galileo pour le compte de l’UE sur des programmes de défense qui seraient entièrement financés par l’UE (tels que des satellites de télécommunications par exemple), et ceci en liaison avec l’Agence européenne de défense (AED), mais sans que l’OCCAR fusionne nécessairement avec l’AED ou devienne une instance de l’UE.

Signature de l’accord de sécurité entre l’OCCAr représentée par son directeur exécutif, l’IGA Patrick Bellouard, et l’OTAN représentée par son secrétaire général

La nouvelle dynamique de défense et de sécurité de l’UE va aussi ouvrir de nouvelles opportunités aux IA au sein des instances communautaires. La commission européenne étant désormais impliquée dans les questions de défense, quel sera son rôle exact ? Comment celui-ci s’articulera-t-il avec celui de l’AED ? Si, comme cela est envisagé par certains, une Direction Générale Défense et Sécurité est créée, les IA auront un rôle à y jouer et pourront lui apporter leur compétence, pour le bénéfice de l’ensemble des européens, comme à l’OCCAR. L’intérêt de l’affectation d’IA dans les nouvelles agences mises en place dans le domaine de la sécurité, comme FRONTEX, devrait également être examiné. 

Les progrès de l’UE en matière de défense et sécurité appellentune stratégie d’influence française renouvelée …

Dans cette perspective, les progrès de l’UE en matière de défense et sécurité appellent une stratégie d’influence française renouvelée, passant d’une part par une bonne anticipation des opportunités qui vont se présenter pour les IA (ou IETA) à court et moyen terme et par l’envoi de candidats bien préparés, dont la compétence pour les postes à pourvoir est avérée et qui ont le charisme nécessaire pour s’imposer naturellement et y diffuser les compétences françaises, d’autre part par une gestion des ressources humaines favorisant ultérieurement le retour en France de ces personnels afin de pouvoir faire bénéficier le ministère d’une plus grande proportion d'ingénieurs ayant eu une expérience internationale ou communautaire.

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