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Cible détruite, confirmée par l’image envoyée par le drone
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28 mars 2022

TIRS MISSILES AU-DELÀ DE LA VUE DIRECTE
LA COMBINAISON DRONES-MISSILES DISRUPTE LE COMBAT DE CONTACT

Publié par Stéphane REB (1967) et J.R. Gourion MBDA | N° 125 - DRONES

Dans la perspective d’un engagement dans le haut du spectre, en haute intensité, il est essentiel de préserver la discrétion des dispositifs et de dissimuler le plus longtemps possible les intentions, tout en infligeant des pertes significatives à l’ennemi par des tirs et actions sur des objectifs à forte valeur tactique (Véhicule de commandement, moyens d’appui, …). Dans cette optique, une nouvelle capacité missile de tir missile au-delà de la vue directe émerge actuellement, destinée au combat de contact : infanterie et cavalerie.


Neutraliser sans être vu : scénario opérationnel 

Masquée derrière un relief, l’équipe missile observe sur la tablette du chef de groupe l’image d’un véhicule blindé ennemi situé de l’autre côté. Cette image est prise par un microdrone envoyé en éclaireur par l’équipe. La cible est identifiée et l’ordre de tir est donné. Les senseurs du drone permettent d’obtenir les coordonnées de la cible qui sont envoyées via le système d’information au poste de tir missile. Le tireur ne voit pas directement sa cible. Le missile est tiré sur coordonnées et survole le relief en direction de son objectif grâce à un guidage inertiel. Passé au-dessus du masque, la cible se dévoile à l’autodirecteur à imagerie qui renvoie en permanence le flux image au tireur. Ce dernier dispose de quelques secondes pour retrouver la cible dans l’image et accrocher l’AD sur le point visé. Grâce à l’image précédemment reçue par le drone, il sait exactement à quoi ressemble sa cible et où la retrouver. L’AD est accroché sur le blindé qui, malgré sa mobilité, n’a plus aucune chance d’échapper au missile. La cible est détruite, ce que confirme l’image envoyée par le drone.

Le drone assure la fourniture des coordonnées de l’objectif et la transmission d’images de la cible dans son environnement

Dans cette séquence, le rôle du drone est double car, outre la fourniture des coordonnées de l’objectif compatibles de la précision nécessaire au missile, il assure la transmission d’images de la cible dans son environnement, ce qui facilite son accrochage par l’opérateur au cours du vol missile. Par ailleurs, la mobilité du drone permet de le placer au voisinage de l’axe d’arrivée du missile, apportant au tireur une vue oblique proche de celle qu’il aura avec le retour image de l’autodirecteur. Ainsi, cette complémentarité drone – missile permet à l’équipe MMP de mener de bout-en-bout un engagement très précis sans jamais se démasquer.

En outre, avec l’accroissement significatif du parc de drones de l’armée de Terre, les différents acteurs de cette chaine se trouveront le plus souvent dans la même unité. Ainsi la boucle de décision pourra rester aux plus petits échelons tactiques (peloton ou SGTIA), ce qui permet de garantir la rapidité d’action de ces unités de mêlée.

La capacité TAVD (Tir Au-delà de la Vue Directe) aujourd’hui possible

Cette capacité TAVD n’est aujourd’hui plus futuriste mais est rendue possible grâce à la synergie de nouvelles technologies, notamment les micro-drones ou les robots terrestres pour effectuer le ciblage, et les missiles de dernière génération de la famille MMP, permettant le tir au-delà de la vue directe comme décrit dans le paragraphe précédent : non accroché au départ du coup, tiré sur les coordonnées fournies par le drone et, lorsque la cible devient visible du missile en vol, accroché grâce au retour image renvoyé tout au long du vol vers le tireur. Le lien entre l’observateur et le tireur peut être direct mais chaque acteur peut tout aussi bien être intégré au sein d’un réseau BMS (Battlefield Management System), comme le SICS, permettant ainsi le combat collaboratif missile.

Image et coordonnées de la cible envoyée par le drone sur la tablette « terminal arme »

La boucle décisionnelle pouvant rester aux plus bas échelons (section ou SGTIA), une telle capacité constitue un avantage opérationnel dans le combat de contact. En effet, permettant aux unités de mêlée de concentrer leurs feux sans concentrer leurs moyens ni surtout sans dévoiler leurs dispositifs, elle renforce leur réactivité et leur sûreté et augmente leur liberté d’action.

 

Description de la famille MMP/MAST-F

Les missiles de la famille MMP/MAST-F peuvent, grâce à leur charge militaire programmable, traiter des cibles variées, allant de combattants débarqués ou retranchés dans une infrastructure à des cibles blindées ou non, statiques ou mobiles.

L’engagement peut s’effectuer en mode « tire et oublie » offrant la possibilité au tireur de quitter sa position en laissant le missile se diriger de façon autonome vers la cible qu’il a préalablement accrochée. Le tireur peut aussi choisir de suivre l’engagement en restant en position, de façon à pouvoir, en cours de vol du missile, affiner le point d’impact sur la cible voire changer de cible en cas de besoin. Ce deuxième mode de tir, tout comme le TAVD, est rendu possible par le guidage par imagerie associé à une liaison de données bidirectionnelle entre le missile et son poste de tir.

Ces missiles intègrent de nombreuses nouvelles technologies très performantes qui font du MMP le premier système de 5e génération en service et « combat proven ». Ils sont donc actuellement sans équivalent dans le combat terrestre.

Dimensionné pour permettre une utilisation en combat débarqué, le MMP a une portée de 4000 mètres qui le rend pertinent pour le combat blindé. Il est ainsi intégré au JAGUAR et son intégration est à l’étude sur d’autres véhicules blindés et sur des plateformes très diverses, terrestres ou navales comme l’ont montré plusieurs tirs réalisés à partir du JAGUAR, de la tourelle IMPACT de MBDA mais aussi d’embarcations de commandos marine.

Le missile MAST-F, en cours de développement, armera notamment l’hélicoptère Tigre standard 3 auquel il apportera donc les capacités « tire et oublie » et « tire au-delà de la vue directe » à longue portée.

LE PREMIER SYSTÈME DE 5E GENERATION COMBAT PROVEN

FED BLOS (Beyond Line Of Sight)

La plus-value opérationnelle apportée par la capacité TAVD de la famille MMP a été reconnue par plusieurs Etats européens qui l’ont identifiée comme capacité européenne prioritaire en 2018. Ainsi, un groupe PESCO BLOS a été créé par trois États (France, Belgique et Chypre) bientôt rejoints par la Suède, afin de développer cette capacité au sein de l’Europe. Des projets industriels en cours et à venir concrétisent cette impulsion, en permettant la collaboration entre des opérationnels, des industriels de la défense, des PME et des laboratoires, provenant de près de dix pays européens. La diversité de méthodes de travail et de points de vue de ces participants est extrêmement enrichissante pour les études réalisées et renforce la cohésion des industriels et partenaires européens.

Drones évolutions et perspectives

Les drones constitutifs de ces systèmes d’armes TAVD sont dimensionnés pour offrir une capacité cohérente de la portée du missile. L’autonomie souvent liée à la taille des vecteurs ne sera pas la même pour un système fantassin portant à 4 km que pour un tir depuis un véhicule à plus 8 kilomètres. De nombreuses évolutions sont à imaginer pour offrir un système garantissant l’optimisation de la capacité TAVD. L’automatisation des séquences de 

vol, la gestion de la batterie ou l’acquisition et la transmission des informations nécessaires au tireur devront permettre de limiter la surcharge cognitive des équipages pour qu’ils se concentrent sur la fonction feu et l’accrochage de la cible.

Pour pouvoir véritablement opérer en haute intensité, un effort particulier devra être porté sur la capacité de ces drones à évoluer et à continuer leur mission en environnement contesté (GNSS denied notamment).

Demain, cette capacité armera les aéronefs dotés des missiles MAST-F. Les évolutions en Intelligence Artificielle aideront à la gestion de la coopération entre l’aéronef et le drone voire les drones ou l’essaim de drones.

À plus long terme, les drones permettront l’apport de capacités supplémentaires, autorisant par exemple des relais de communication sur des distances importantes ou assurant des missions de guerre électronique avec des charges dédiées. 

Auteurs

Stéphane Reb, président de MBDA France

Après un début dans le domaine des missiles tactiques, il est directeur de programme TIGRE puis de l’Unité de Management Aviation de Combat (ACE). En 2012, il prend la tête de la Direction Internationale, en charge de la coopération et de l’export.

Il rejoint MBDA le 1er décembre 2017, où il exerce les fonctions de Directeur Exécutif Groupe Programmes et Président de MBDA France. Voir l'autre publication de l'auteur
J.R. Gourion MBDA

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