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Officiels de l’OSCE utilisant un drone dans le Donbass
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22 mars 2022

AU CŒUR DE L’ACTUALITÉ UKRAINIENNE
LES DRONES DE L’OSCE DANS LE DONBASS

Publié par Xavier de Fontenay, CF(R) | N° 125 - DRONES

Cet article, écrit avant le conflit de 2022 en Ukraine donne un éclairage particulier sur l’apport des drones depuis 2014 dans cette région : une contribution décisive dans un environnement non permissif. 


Lorsque la SMM (Special Monitoring Mission to Ukraine) s’est déployée à partir du 21 mars 2014, les limites de l’observation par des patrouilles terrestres civiles, avec pour seules protections casques, gilets pare-balles et véhicules blindés, sont rapidement apparues dans le Donbass : zones de combat ou interdites d’accès par les belligérants, champs de mines ou espaces pollués par des engins non-explosés, couvre-feu nocturne toujours en vigueur aujourd’hui. Le drone aérien s’est alors naturellement imposé comme un moyen technique alternatif simple. Ce constat s’est encore renforcé après le tragique incident qui a coûté la vie à un membre de la mission le 23 avril 2017, lorsque le véhicule dans lequel il patrouillait a heurté une mine, et qui a conduit la mission à restreindre encore l’accès à certaines zones.

Le choix s’est porté sur 3 types d’engins complémentaires : Camcopter S-100 de Schiebel, DT-18 de Delair et mini-drones Inspire, Phantom 4 et MAVIC de DJI.

Trois drones complémentaires

Le S-100 permet de couvrir l’ensemble du Donbass, à partir d’un terrain situé à proximité de Kostiantynivka, entre Kramatorsk et Donetsk. Equipé d’une nacelle électro-optique infrarouge, il est le seul à pouvoir opérer de nuit, en particulier le long de la frontière, par laquelle sont susceptibles de transiter troupes, équipements et munitions. Grâce à la recopie vidéo en direct sur grand écran, la trajectoire peut être adaptée à tout moment et la mission réorientée en temps réel si besoin.

Le DT-18 est utilisé pour l’observation de zones plus réduites ou la détection et la surveillance d’objectifs hors du rayon d’action des mini drones. Les vols durent 40 à 70 minutes en fonction des conditions météo (40 à 70 km parcourus) dans un rayon de 15 à 20 km. Sa mise en œuvre nécessite 20 à 30 minutes de préparation sur place pour l’installation des équipements, l’assemblage du drone et les opérations avant vol et presque autant pour le rangement du matériel.

Les mini drones sont employés en priorité sur des objectifs précis : identification après détection par d’autres moyens, surveillance et observation des troupes et équipements déployés ou en mouvement, évaluation de situation après des combats, notamment dans les villages situés le long de la ligne de front, reconnaissance de routes. Souples et simples d’emploi, ils peuvent être mis en œuvre en quelques minutes, jusqu’à des distances pratiques de 4 à 5 km. La qualité des images permet souvent la détection et l’identification d’équipements camouflés, y compris de petite taille tels des mortiers ou des mines, et la localisation des combattants au sol.

La mise en œuvre de moyens, certes civils et à des fins pacifiques, mais très intrusifs n’est pas chose aisée au quotidien dans une zone de conflit et un contexte de guerre. Selon les accords de Minsk, seule la SMM est autorisée à faire voler des drones dans une zone de 15 km de part et d’autre de la ligne de front. Les difficultés sont de plusieurs ordres. Outre les contraintes techniques et les limitations constructeur de chaque type d’appareil, il s’agit notamment du climat, des tirs hostiles et du brouillage.

Une carte désormais connue (datant d'avant l'intervention de février 2022)

Continental, le climat met les équipements comme les opérateurs à rude épreuve. Certains prétendront que le casque protège du soleil en été, le gilet pare-balles quant à lui tient chaud. Pendant les longs mois d’hiver, difficile de durer les pieds dans la neige, le nez au vent et de manipuler ordinateurs ou télécommandes pendant plusieurs dizaines de minutes. Il faut d’ailleurs bien souvent s’affranchir des limitations du constructeur de température si l’on ne veut pas fermer la boutique de décembre à mars. Pas facile non plus de s’orienter après une chute de neige, lorsque tout est blanc alentour.

Autres limitations qui ne peuvent être respectées : l’emploi du DT-18. L’avion est conçu pour un atterrissage dans les champs, dont l’accès est dorénavant interdit à la SMM. Malgré toutes les précautions prises lors des phases de décollage et d’atterrissage et l’ajout de "protections maison" sur le fuselage, l’engin est souvent malmené. Il est heureusement facilement réparable mais l’électronique souffre. Difficile également dans de nombreux cas de trouver une route sans trop de nids de poule, pas trop mal orientée par rapport à la direction du vent du jour, sans trop d’obstacles alentour, le tout à portée d’objectif tout en conservant un niveau de sureté acceptable pour l’équipe de mise en œuvre.

20 vols par jour 365 jours par an

Cependant les deux principales causes d’attrition des drones, quel que soit le type d’appareils, sont le brouillage, quasi permanent depuis l’été 2021, et les tirs hostiles, plusieurs fois par semaine.

Le brouillage affecte essentiellement le signal GPS. Le S-100 et le DT-18, dotés de leur propre centrale inertielle, sont capables de poursuivre leur mission ou rentrer à leur base avec plus ou moins de précision. Les mini drones en revanche ne sont équipés que de la fonction Return-to-Home, qui se met en œuvre automatiquement en cas de coupure de la liaison entre le drone et sa télécommande mais ne fonctionne qu’avec un signal GPS. L’opérateur doit donc redoubler de vigilance : l’unique moyen de navigation est alors la recopie vidéo, d’où l’importance d’une bonne étude du terrain avant chaque vol, et le maintien d’une bonne qualité du signal de contrôle du drone est crucial. Si la connexion est interrompue, le drone, incapable de se localiser, est perdu.

A part le DT-18, qui est très discret et donc rarement détecté, les S-100 et mini drones sont bruyants et souvent l’objet de tirs hostiles.

Le S-100 opère généralement en stand-off et ne craint pas grand-chose. Les mini drones en revanche volent à proximité de leurs objectifs à des altitudes souvent comprises entre 60 et 120 m. Ils sont donc vulnérables. Cependant leur petite taille et leur mobilité en font des cibles difficiles.

L’expérience montre que même touchés, certains se montrent vaillants jusqu’à l’atterrissage ! Et puis, tant qu’ils concentrent les tirs, les opérateurs sont à peu près en sécurité… 

 

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Xavier de Fontenay, CF, observateur international de l’OSCE

Ecole navale 82, plongeur, spécialité lutte sous la mer. Formation renseignement/relations internationales, langue arabe. Missions ONU en Iraq et au Sahara occidental. Attaché naval en Egypte et au Maroc, attaché de défense à Koweït. Depuis 2017, observateur international de l’OSCE chargé de la mise en œuvre des drones et l’exploitation des images dans la zone séparatiste de Luhansk.

 

Auteur

Xavier de Fontenay, CF(R)

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