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01 octobre 2014

LE MARCHÉ NAVAL, UN MARCHÉ DYNAMIQUE

Malgré une certaine morosité ambiante et des restrictions budgétaires qui affectent les ressources de la plupart des grandes marines occidentales, le marché naval réserve toujours de belles opportunités de développement grâce à l’international et à la montée en puissance de nouveaux acteurs.


Ouvrez vos journaux ! Chaque jour vous entendez parler de la mer. Le fait maritime se développe au gré d’évènements divers partout dans le monde : la piraterie le long des côtes somaliennes et maintenant dans le golfe de Guinée, la découverte de nouveaux gisements gaziers offshore, les revendications territoriales en mer, la montée en puissance de la Marine chinoise… Autant d’informations qui traduisent un intérêt croissant pour le domaine maritime mais aussi pour les enjeux qu’il représente. Parallèlement, nous constatons une évolution profonde des structures des marchés.

Des contraintes budgétaires sur les grandes marines occidentales :

Les Etats-Unis maintiennent leur budget de la défense à un niveau bien supérieur à celui des autres nations même si celui-ci connaît une baisse significative. Au sein de l’union européenne, les grandes nations maritimes font face elles aussi à d’importantes restrictions budgétaires mais s’efforcent de conserver leurs principaux programmes navals. En France, le Livre Blanc de 2013 a fixé le format des armées à l’horizon 2020. La Marine disposera de 15 frégates de premier rang au lieu de 18 précédemment. La composante navale de dissuasion n’est pas remise en cause et la force sous-marine est préservée. La Loi de Programmation Militaire 2014-2019 a confirmé la poursuite des deux principaux programmes en cours dont DCNS a la responsabilité : les 11 frégates multimissions FREMM et les 6 sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda. Les fortes contraintes budgétaires actuelles conduisent à des réaménagements des calendriers de réalisation de ces programmes. La frégate Languedoc, 4ème de série a été mise à l’eau le 12 juillet. Le Suffren, premier sous-marin du type Barracuda en cours de construction illustrera le renouvellement de la force des SNA.

Un marché international en forte expansion

Contrastant avec les données précédentes, le marché naval connaît une forte évolution ailleurs dans le monde, soutenu par des considérations géostratégiques et une prise de conscience de l’importance de la mer pour la protection des ressources économiques.

L’ascension de la Chine sur les marchés navals s’accélère et sa montée en puissance constitue un facteur stimulant pour le réarmement de toute la région. Corée du sud, Australie, Japon, Inde, mais aussi Vietnam et Indonésie se sentent directement menacés par les ambitions chinoises et le redimensionnement de ses forces navales. Les revendications territoriales autour de différentes îles ont récemment alimenté les chroniques. L’augmentation des budgets consacrés aux forces navales constitue une tendance générale sur la zone Asie. Les concepts d’emploi sont également adaptés et intègrent une part plus importante dédiée aux capacités sous-marines.

Le Proche et Moyen-Orient connaissent depuis plusieurs années des niveaux de budget de défense élevés, et, les tensions géopolitiques perdurant, cette tendance devrait se maintenir encore longtemps. De gros efforts de modernisation et d’extension de flottes vont être poursuivis sous l’impulsion de l’Arabie Saoudite, en particulier, et de la persistance de la menace iranienne qui pèse sur toute la région.

Evolution également constatée en Amérique latine, où, après les récentes commandes brésiliennes, d’autres pays (Colombie, Pérou, Chili, etc.) affichent des ambitions navales et devraient également engager des efforts accrus de modernisation.

Enfin, l’Afrique subsaharienne a pris conscience de l’importance de la mer pour protéger ses ressources économiques (pêches, installations pétrolières et gazières offshore) et ses voies maritimes et se défendre contre la piraterie. Elle prend progressivement conscience de l’importance d’assurer une présence effective à la mer avec des unités de service public adaptées, capables de coordonner en temps réel les moyens navals d’intervention.

Des évolutions profondes

Ce développement du marché naval offre de solides opportunités pour les industriels mais elle s’accompagne également de nouvelles contraintes et d’exigences fortes auxquelles il convient de s’adapter avec imagination et ouverture.

Un contexte concurrentiel renforcé et l’arrivée de nouveaux acteurs

Le marché naval reste constitué à environ 80 % (en valeur) par les navires fortement armés (frégates, sous-marins). Les navires de second rang, les corvettes, OPV, bâtiments de commandement ou logistiques, le MCO constituent des segments importants du marché pour fidéliser les Marines ou accéder à de nouveaux marchés.

Les USA sont absents du secteur des sous-marins mais sont ponctuellement présents sur les navires de surface (LCS). Par le biais de leurs grands équipementiers, alliés à nos concurrents, les USA exercent des pressions politiques sur le choix de nombreux pays. Ils bénéficient, en outre, d’une capacité à fournir des navires d’occasion à l’instar de quelques pays européens. La concurrence est exacerbée entre fournisseurs européens (TKMS, Fincantieri, Navantia, BAE, Damen). La Russie redevient présente sur les marchés. La Turquie commence à apparaître.

La croissance de l’industrie asiatique s’exerce également à l’export. La Chine est devenue un fournisseur important en Afrique, jouant de sa capacité à apporter des financements connexes. Elle a aussi livré des frégates au Pakistan et en Thaïlande. La Corée du Sud affiche de fortes ambitions sur tous les segments et a récemment remporté un contrat de sous-marins en Indonésie. Singapour répond à des appels d’offres et l’Inde sera aussi présente à terme.

Cette montée en puissance de l’Asie rend encore plus indispensable une consolidation de l’industrie européenne.

Des transactions plus globales et complexes

Les grands contrats signés récemment montrent également que le périmètre des projets s’est considérablement élargi et ne se limite plus à la fourniture de navires construits en France, livrables avec une durée d’un an de garantie et leurs lots de logistique. Les prestations peuvent comporter des engagements de maintien en condition opérationnelle pendant plusieurs années, des créations d’infrastructures (bases navales, écoles, chantiers de construction), des volets de formations opérationnelles ou industrielles étendus, sans oublier l’importance des transferts de technologie. Pour répondre à ces approches globales, il est nécessaire de développer une bonne connaissance des capacités industrielles du pays, engager des partenariats et savoir nouer des accords de coopération avec des grands groupes industriels locaux sur le long terme.

Les acquisitions de matériels de défense ont souvent donné lieu à des demandes de compensations. La situation actuelle est beaucoup plus exigeante. Elle répond à une aspiration forte de nombreux Etats d’acquérir progressivement leur autonomie à travers des transferts de technologies de plus en plus complets. C’est le cas actuellement en Inde et au Brésil. La volonté de construire des navires localement est de plus en plus répandue sur tous les continents. Le groupe DCNS a une longue expérience des transferts de technologies. Leur complexité n’a cessé de croître : de l’assistance à l’assemblage de tronçons de coque en 1994, puis au transfert de dossiers de construction de frégates et de sous-marins, aujourd’hui ces prestations abordent les technologies de conception.

Le transfert de technologie constitue un vrai métier qui exige rigueur et professionnalisation. Indispensable pour conquérir ces marchés, il impose, en retour, que les groupes industriels sachent maintenir leur avance technique et technologique et consacrent des moyens importants à la politique de R&D, seuls mais aussi avec un soutien fort des services étatiques.  

 

OPV L’Adroit, départ en stage MECO de l’équipage B_Standard

 

 

Sous-marin « Scorpène »

 

    
Alain Fougeron, IGA
Après l’X et l’ENSTA, Alain Fougeron a débuté sa carrière au sein du site de DCNS de Lorient puis a acquis une longue expérience des relations internationales, d’abord à la DGA puis dans différentes sociétés industrielles (AEROSPATIALE, EUROCOPTER, DCN International). Ayant intégré DCN en 2002 comme directeur commercial et membre du comité exécutif, il rejoint le groupe DCNS lors de sa transformation en société.
 

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