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Le Suffren dans la rade de Brest
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30 septembre 2020

PREMIÈRES PLONGÉES DU SUFFREN

Le Suffren a débuté ses essais à la mer le 27 avril 2020, en pleine crise sanitaire. Cela a été rendu possible par la mobilisation impressionnante de l’ensemble des acteurs, étatiques comme industriels. Une nouvelle étape emblématique après le transfert sur le dispositif de mise à l’eau du bassin de Cachin marqué par la cérémonie en présence du Président de la République le 12 juillet 2019, et le premier battement de cœur de son réacteur nucléaire (divergence) le 17 décembre 2019.


Une étape rare, concernant un premier sous-marin de série, 25 ans après le SNLE Le Triomphant

C’est une aventure technique et humaine, qui associe évidemment l’ensemble des acteurs du programme : la DGA et le CEA (maitre d’ouvrage délégué de la chaufferie nucléaire), les industriels (le concepteur Naval Group pour le navire armé et TechnicAtome pour la chaufferie, et les sous-traitants concernés par les essais tels que Thales pour les capacités de lutte sous la mer ou encore les concepteurs de systèmes en interface comme MDBA pour les missiles), et bien sûr la Marine à travers notamment l’équipage d’armement. Chacun a son rôle dans les essais à la mer pilotés par la DGA : la Marine est en charge de la conduite du sous-marin et de la sécurité, et Naval Group est en charge des essais et le propriétaire du navire (avec TechnicAtome pour la chaufferie).

Il ne s’agit pas uniquement de tester un sous-marin, mais de s’assurer de la qualification de la définition du sous-marin du type Suffren. Pour ce premier né de cette classe de sous-marins d’attaque de nouvelle génération, près de 600 essais élémentaires et 6 mois d’essais à la mer sont nécessaires, après les essais à quai.

Le début des essais d’un sous-marin procède d’un enchaînement immuable : tout d’abord une ou plusieurs plongées « statiques » à proximité de Cherbourg pour vérifier notamment la pesée et la stabilité, et réaliser les premiers tests du système de combat en immersion (mâts). On redoute bien évidemment un sous-marin trop lourd, qui ne saurait s’équilibrer en plongée. Dans le cas du Suffren, il a fallu trouver les conditions permettant la toute première plongée (merci au coup de pouce du courant...) puis l’alourdir de plusieurs tonnes.

Une logique incourtournable: plongée statique, essais en surface, première plongée en route libre, premiers essais en plongée

Deuxième étape : les essais en surface du 30 avril au 10 mai pour vérifier le comportement de la chaufferie et de la machine lors de navigation en surface. Les capacités de manœuvre sont évaluées (vitesse, giration, freinage, capacité de remorquage...) Le sous-marin a démontré de très belles performances.

Fin mai, le Suffren est prêt à réaliser les premiers essais de plongée en eaux profondes en Atlantique. Il fait son premier adieu à Cherbourg et réalise sa première plongée en route libre. Ces essais sont primordiaux car ils permettent de vérifier le comportement de la coque épaisse (sa contraction et l’étanchéité du navire) lors de différents paliers de plus en plus profonds jusqu’à atteindre sa profondeur maximale « P » le 5 juin, puis de comparer sa manœuvrabilité aux simulations.

 

Les essais de la chaufferie consistent en une ouverture progressive de son domaine d’exploitation (puissance) et la vérification des caractéristiques relatives à la radioprotection. L’ensemble du processus d’essais est encadré tout particulièrement par les enjeux relatifs à la sûreté nucléaire qui ont fait l’objet de nombreux points d’arrêt avec l’autorité de sûreté nucléaire défense (ASND) afin d’autoriser le franchissement de chaque étape.

Des essais à la mer en pleine crise sanitaire...

Dès le mois de mars, les conditions sanitaires ont été définies pour réaliser les essais du Suffren malgré l’exiguïté à bord. Tous les personnels embarqués pour les essais (équipage comme issus de l’industrie, de la DGA et du CEA pour la réalisation et la supervision des essais) ont alterné pendant plusieurs mois des périodes à bord (port du masque 24h/24) et des périodes de confinement (travail avec masque isolé des autres contacts) avec des règles d’hygiène strictes et un test Covid réalisé avant chaque embarquement. Le Suffren dispose également d’un détecteur à bord permettant de lever tout doute.

Des essais pour confirmer à la mer les performances techniques des innovations

A ce stade des essais, les capacités techniques des principales innovations sont déjà démontrées. Les mâts non pénétrants « tout optronique » avec des caméras jour haute définition, infrarouge et intensification de lumière, remplacent les périscopes traditionnels. L’appareil à gouverner doté de barres en « X », marqueur visuel de cette nouvelle génération de sous-marin, dispose de performances manœuvrières améliorées, en surface comme en plongée, alors que les barres de plongée avant rétractables améliorent l’hydrodynamisme et la discrétion acoustique.

L’ensemble des performances devant être confirmées à la mer a pu être vérifié lors de la première phase en Atlantique jusqu’au 20 juillet : c’est le cas des performances de détection (détection sous-marine, détection air-surface...) ou encore de discrétion (discrétion acoustique, magnétique...)

Au cours de ses essais, le Suffren aura réalisé 5 entrées-sorties du bassin de Cachin (un record !) et un accostage court (seulement une nuit) à Brest. Ces retours à Cherbourg ont été une vraie opportunité pour finaliser les travaux de neuvage en disposant de l’outil industriel du concepteur Naval Group.

Des infrastructures d’accueil au port d’attache de Toulon adaptées

La première arrivée à Toulon est un jalon important, car il s’agit du port d’attache des sous-marins d’attaque de type Rubis comme de type Suffren. La zone Missiessy, au cœur de la base navale, est en pleine refonte sous la conduite du Service des infrastructures de la défense (SID) pour permettre l’accueil et le soutien des sous-marins du programme Barracuda. Des travaux d’envergure ont déjà été réalisés avec l’adaptation du premier bassin et du premier quai d’entretien pour les SNA de type Suffren. La mise à hauteur du reste des installations de la zone Missiessy des sous-marins suivra dans les prochaines années. Ainsi, dès l’arrivée du Suffren, les vérifications des capacités d’accueil ont pu être menées afin de démontrer la capacité de soutien du sous-marin.

Après les performances générales de la plate-forme et de la chaufferie, la vérification des performances du système de combat est en cours, notamment la mise en œuvre des armes qu’il emporte : le missile antinavire Exocet SM39 block 2, le missile de croisière naval MdCN qui apportera aux forces sous-marines une capacité de frappe dans la profondeur et la torpille lourde F21 indispensable à son autodéfense et dont le Suffren est le premier porteur pour l’ensemble de la Marine.

La réalisation des essais à la mer d’un premier sous-marin est un challenge technique et programmatique impliquant de nombreux acteurs (essayeurs, concours mobilisés, bases navales) pilotés par un « groupe de travail essais » qui doit être efficace et réactif pour permettre d’assurer le soutien au navire en essais à tout moment. Les moyens d’expertise et d’essais de la DGA sont également fortement impliqués notamment DGA Techniques navales, DGA Essais missiles ou encore DGA Techniques hydrodynamiques. Tous ces essais ont lieu dans un calendrier à la fois contraint et fortement évolutif, ayant demandé une préparation très en amont de l’ensemble des acteurs, avec comme objectif de livrer à la marine un sous-marin de dernière génération à la hauteur des attentes opérationnelles.

Dates clefs du programme Barracuda :

Projet débuté en 1998, lancé en réalisation en 2006.
6 sous-marins commandés actuellement en construction, livrés tous les 2 ans.

 

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