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Les échanges de données omniprésents dans le projet SCAF
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01 juin 2019

L’ESPACE AU CŒUR DU SYSTÈME DE COMBAT AÉRIEN FUTUR

Publié par Jean-Pascal BRETON, GDA, copilote du projet SCAF | N° 118 - Le Spatial

La contestation des espaces aériens s’accélère à travers des stratégies de déni d’accès (A2AD), pouvant nous priver de notre liberté d’action militaire. En effet, « la liberté d’action dans le domaine aérien est un préalable à notre protection ainsi qu’à toute liberté d’action militaire en l’air, à terre comme en mer »


L’enjeu de l’aviation de combat future est de conserver la capacité à conquérir et maintenir la supériorité aérienne afin de pouvoir agir à travers la troisième dimension, à terre comme en mer. Elle devra agir en totale autonomie nationale pour des missions régaliennes tout en étant interopérable et crédible au sein de coalitions (Otan, UE, ad hoc, etc.). Ainsi, la construction du SCAF nécessite de changer de paradigme en s’appuyant sur le combat collaboratif, de nouveaux systèmes d’armes et l’adaptation incrémentale de notre système de combat aérien d’aujourd’hui. Le SCAF s’articulera durablement autour d’un avion de combat et de vecteurs non-habités, insérés dans un ensemble plus vaste et fortement interconnecté, le système de systèmes.

Ces différentes plates-formes n’agiront pas seules : elles agiront avec d’autres vecteurs aériens ou agissant dans d’autres milieux comme les satellites, les bateaux ou encore des unités au sol, les centres de commandement. Ces systèmes devront pouvoir reconfigurer leur action. Les vecteurs offensifs de nos alliés devront pouvoir rejoindre le premier cercle lors d’opérations menées en coalition.

Le SCAF reposera donc sur un échange de données très important, via une mise en réseaux de tous les acteurs. La maîtrise de ces échanges est fondamentale et représente un véritable enjeu de souveraineté sans remettre en cause la recherche d’une très haute interopérabilité.
 Le nouvel avion de combat, dénommé NGF (New Generation Fighter), sera un avion doté de fortes capacités de connectivité, de survivabilité et de manoeuvrabilité, faisant appel à des technologies de rupture. Cet appareil embarquera des capacités d’intelligence artificielle afin de mieux comprendre la situation, évaluer les options et in fine mieux décider.

Le NGF sera accompagné de plates-formes non habitées, dotées d’une certaine autonomie : lesremote carriers. Ceux-ci serviront par exemple d’effecteurs déportés avec des capacités de saturation des défenses ennemies ou de renseignement. Des engins de type drones de combat -très furtifs pourront compléter le panel de plates-formes nouvelles, pour des missions de renseignement et des missions offensives. Leurs caractéristiques permettront de s’approcher au plus près des cibles les plus stratégiques et les plus défendues.

L’aviation de combat est aujourd’hui aux débuts du concept de système de systèmes. La connectivité entre différents vecteurs est déjà une réalité mais elle est encore assez partielle et limitée : le standard F4 du Rafale qui préfigure l’avion de combat ultra-connecté est le premier à implémenter de série la communication par satellite.

Le domaine spatial jouera un rôle éminent dans les capacités opérationnelles du SCAF en apportant des briques essentielles dans la construction du « système de systèmes », considérant la réactivité, l’allonge et la vitesse de déplacement qui caractérisent les vecteurs aériens. Inversement, le SCAF pourrait lui aussi contribuer au domaine spatial.

L’espace exo-atmosphérique est en effet devenu un maillon essentiel à chaque étape du cycle des opérations, de la connaissance de nos centres d’intérêt, à l’évaluation de nos actions sur nos ennemis, en passant par la planification et l’exécution de nos opérations. Les services fournis par le spatial sont nombreux tels que les communications satellitaires, le positionnement, la navigation, la synchronisation horaire, l’alerte avancée, la météorologie, la surveillance et l’écoute spatiales. Ces capacités fournissent un avantage majeur et différenciant, en réduisant les incertitudes liées aux situations de combat. Elles permettent d’accéder aux zones ne pouvant être atteintes par les moyens terrestres, maritimes et aériens. Le suivi depuis l’espace des zones d’intérêt, par l’observation et l’écoute, contribue à la planification et à la conduite des opérations ainsi qu’à l’autonomie nationale d’appréciation de situation, en permettant de renseigner sur les dispositifs et intentions ennemis ou d’exercer une surveillance générale d’anticipation. Il apporte une aide pour tracer, cibler et engager l’adversaire et constitue un moyen pour l’estimation des dommages de combat ou « Battle Damage Assessment». L’appui ISR (intelligence, surveillance, and reconnaissance) permet une meilleure compréhension de la situation, notamment pour l’alerte des unités et l’appréciation de la manière dont les forces amies perturbent l’adversaire. Dans le domaine de la veille stratégique permanente, il contribue à la connaissance et l’anticipation des risques et des menaces potentielles.

L’appui du spatial aux opérations futures demande néanmoins des évolutions.
 La précision requise pour les opérations, exige des données fiables, calibrées, actualisées, distribuées en temps quasi-réel. L’image d’origine satellitaire permet la désignation d’un objectif mais ses contraintes la rendent incompatible avec une exploitation temps réel embarquée : la fréquence de revisite sera un paramètre essentiel pour s’approcher de la permanence.

La protection face aux nouvelles menaces comme les missiles hyper véloces s’appuiera sur l’alerte avancée. Il faudra détecter et caractériser les tirs, alerter dans les plus brefs délais, évaluer les impacts et déduire d’éventuelles contre-mesures pour les objets du SCAF le nécessitant.

Outre l’allonge des nouveaux vecteurs et leur très grande connectivité, l’intégration de vecteurs pilotés à distance et/ ou automatisés caractérisera les opérations intégrant le SCAF. Les communications par satellite permettent de piloter à distance et de communiquer indépendamment des contraintes géographiques. La mobilité opérationnelle, pour des vecteurs utilisant des Satcom, devient vitale tout comme l’effacement des contraintes de couverture autour du globe et l’accès aux fréquences (Ka, Ku, X, voire utilisation de communication par Laser). La disponibilité des ressources Satcom devient critique. Elle devra faire l’objet d’une planification précise et nécessitera beaucoup de robustesse (notamment cyber) et de la résilience. Opérer avec des objets de nature très disparate impose une coordination forte entre ces objets. Les données position, navigation et temps (PNT) qui sont déjà indispensables, le seront encore plus demain. Il s’agira de garantir aux forces l’usage d’informations de localisation fiables et intègres afin de mieux s’entraîner, planifier et conduire leurs opérations (gain en précision et limitation des risques dommages collatéraux). Outre la coordination des opérations, la maîtrise du temps permet le fonctionnement des systèmes et réseaux d’informations en termes de synchronisation et de sécurité.

Enfin, la Guerre de la navigation (NavWar) va continuer de se répandre, coordonnant des actions défensives et offensives pour garantir l’usage des données PNT aux forces amies et le dénier à leurs adversaires. Les objets du SCAF devront donc non seulement s’en préserver mais potentiellement jouer un rôle offensif dans ce domaine. Enfin, les systèmes du SCAF pourront apporter une capacité de soutien tactique aux opérations spatiales. Ainsi, les approches les plus futuristes imaginent la contribution de l’avion de chasse NGF du SCAF pour mettre en orbite des petits satellites de faible durée de vie via l’emport d’une fusée/missile sous son fuselage, apportant ainsi une grande réactivité.

L’ambition du SCAF en fait un projet précurseur pour l’ensemble du ministère. C’est un projet qui est dans sa phase d’initialisation, phase au cours de laquelle il faut confronter les concepts, en mesurer l’intérêt et la faisabilité technologique et industrielle. Il s’agit de plus d’un système qui arrivera dans les forces en 2040 et qui se projette dans un cadre multi-domaines. Ce projet a constitué également une première en matière d’implémentation de la nouvelle approche capacitaire : cette approche invite à des réflexions parfois très amont qui permettent d’envisager des modes opératoires non connus aujourd’hui entremêlant notamment le domaine aérien et le domaine spatial.

 

    
Jean-Pascal Breton est pilote de chasse et a effectué plus de 2 700 heures de vol. Il a été commandant du centre d’expertise aérienne militaire de l’armée de l’Air, commandant de la base aérienne de Cazaux, commandant du commandement interarmées de l’espace, directeur du Centre pour les études aérospatiales stratégiques et chef du SIRPA air. Depuis janvier 2018, il copilote le projet SCAF.
 

 

 

Auteur

Jean-Pascal BRETON, GDA, copilote du projet SCAF

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