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Le logo du simu est hérité de celui du service des poudres 
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07 juin 2022

A LA DÉCOUVERTE DU SIMU
POINT DE VUE D’UN INGENIEUR MILITAIRE

Publié par Grégory Bonnemains, ICETA | N° 126 - BOUM ! PYROTECHNIE ET MATERIAUX ENERGETIQUES

Créé il y a 11 ans pour renforcer l’efficacité du soutien munitions, le SIMu a su prendre sa place pour l’acquisition, la gestion, le stockage, le maintien en condition opérationnelle, la délivrance et le retrait de service des munitions au profit des armées en tout temps et tous lieux.


Pourquoi la pyrotechnie… et le SIMu ? 

Entrer au service de la France et des armées, c’est avant tout une vocation mais c’est aussi pour faire quelque chose de spécial, que l’on ne trouve pas en dehors du ministère. Choisir la formation en pyrotechnie, c’est entrer dans un microcosme tourné quasi exclusivement vers le secteur de la défense, que ce soit au niveau de l’Etat, comme dans le secteur privé. Vingt ans plus tard, à la sortie de l’école de guerre, quoi de plus naturel pour un pyrotechnicien que de rejoindre le service interarmées des munitions. Le challenge proposé par le SIMu, en tant que chef des responsables du soutien en service, était motivant. Ce poste allie les aspects techniques des munitions et le management d’une équipe de cadres expérimentés. Il se situe dans le plus petit service de soutien, au sein d’une direction resserrée, mais au cœur des problématiques opérationnelles et programmatiques en lien avec la DGA, les états-majors et l’industrie.

Redécouverte des munitions

Ce qui transparait au SIMu, c’est un fort engagement de son personnel au profit des armées. Le SIMu est un service technique, qui s’appuie sur le savoir-faire et l’expérience de ses pyrotechniciens pour gérer les munitions tout au long de leur vie. Cela commence dès le développement et les commandes, en lien avec les états-majors et la DGA, et se termine par les opérations de retrait de service (cessions ou éliminations).

Le SIMu, naissance il y a 11 ans, le 25 mars 2011

CLe 25 mars 2011, le service interarmées des munitions est créé. Il regroupe au sein d’un service unique les organismes propres à chaque armée en charge des munitions. L’objectif affiché est une meilleure efficacité de la fonction munitions au profit des armées, en rationalisant et harmonisant les compétences et savoir-faire pyrotechniques auparavant disséminés.
Aujourd’hui, le SIMu, rassemble 1400 personnels, répartis au sein d’une direction à Versailles, 14 dépôts interarmées de munitions en métropole et 9 en outremer et à l’étranger.
  

Deux projets structurants

Le SIMu apporte son conseil pour que les plans d’acquisition et les stratégies de soutien ne soient pas considérés comme une variable d’ajustement et pour faire « entrer l’édredon dans la valise ». Le SIMu a encore besoin de s’affirmer dans ce rôle auprès de ses interlocuteurs.

Une fois développées par l’industrie, qualifiées par la DGA et acceptées par les armées, les munitions vont être stockées au SIMu. Il s’agit là d’une exigence de sécurité qui revêt une importance majeure aujourd’hui. Que les munitions soient simples ou complexes, il est nécessaire de maîtriser leur environnement. En premier lieu, il s’agit de suivre la température à laquelle elles sont soumises mais, pour les plus sensibles, des données plus complexes telles que les chocs et les vibrations subis doivent également être surveillées. Cet enjeu pour les armées se traduit au SIMu par la mise en place d’un projet dédié à la maîtrise de l’environnement des munitions qui passe par l’amélioration des lieux de stockage, l’utilisation de conteneurs climatisés, notamment en opérations extérieures et le déploiement de capteurs pour enregistrer les conditions de stockage. En parallèle, toutes les nouvelles munitions complexes font l’objet d’une démarche « HUMS » avec la DGA. Il s’agit de prévoir, dès la phase de développement, des capteurs qui vont enregistrer les paramètres vitaux de la munition. Ces paramètres permettront au SIMu, à la DGA et aux armées de suivre le potentiel réel des munitions au cours de leur vie afin d’optimiser leur utilisation, de sécuriser leur emploi et d’ajuster leur durée de vie par rapport à leur profil de vie réel.

Le SIMu est-il résilient ?

Ces dernières années, le SIMu a été confronté comme tout le monde à la crise sanitaire et à la guerre en Ukraine.

Le constat dressé au niveau de la direction du SIMu révèle que le service a supporté ces crises. Aucune munition n’est restée bloquée dans les dépôts du SIMu.

Toutefois, ces crises permettent de mettre en lumière que certains choix programmatiques ne sont pas adaptés à ces situations. Ainsi, la logique d’approvisionnement en flux tendu, parfois auprès de fournisseurs étrangers, a démontré son manque de robustesse. La notion des stocks objectifs a permis de limiter l’impact de ce cas de figure. Encore faut-il pouvoir être en mesure de les constituer à temps puis de les entretenir.

D’autre part, le SIMu assure dans ses ateliers la maintenance et la surveillance technique des munitions des armées. Il s’agit de capacités essentielles qui permettent d’optimiser la disponibilité des munitions, tout en gardant une autonomie stratégique vis-à-vis de fournisseurs français ou étrangers dans certains cas.

Certes cet outil de soutien a un coût pour l’Etat et il pourrait donc être décidé de le confier à l’industrie. Mais, entre autonomie stratégique et économie, il faut trouver le bon équilibre dans un contexte marqué à la fois par de fortes contraintes budgétaires et de vives tensions internationales. 

 

Le SIMu est également en charge de la gestion des munitions au profit des armées. L’objectif est de connaître à chaque instant les quantités de munitions disponibles, leur état technique et opérationnel. Deux projets structurants pour le service sont en cours : la mise en place d’une chaîne logistique moderne pour optimiser les flux de munitions entre les différents dépôts du SIMu et le développement d’un nouveau système d’information logistique (SI@Mu), outil essentiel pour pouvoir suivre les munitions gérées par le SIMu. Cet outil, qui se veut moderne et évolutif, doit permettre à l’ensemble des acteurs de la communauté munitions d’accéder aux informations dont ils ont besoin. Pour le SIMu, il doit permettre une gestion unifiée des munitions classiques comme des munitions complexes et l’ouverture vers d’autres systèmes d’informations des armées et à terme ceux des industries partenaires.

Enfin, le SIMu est également responsable de la fin de vie des munitions, une fois qu’elles ont été déclarées sans emploi par les armées. Quand elles n’ont pas pu être tirées en opérations ou à l’entraînement ou cédées à un pays ami, les munitions sont positionnées sur des marchés d’élimination pilotés par le SIMu. Depuis sa création, le SIMu a réalisé un nettoyage considérable des magasins en ramenant le chiffre de 20 000 à 7 000 tonnes de munitions à détruire. Cette démarche reste essentielle pour limiter les risques pyrotechniques liés au stockage de munitions anciennes, mais aussi réduire la place occupée par des munitions inutiles aux armées. Mais elle est difficile à mettre en œuvre parce que les filières d’élimination sont très restreintes, en particulier en raison du haut niveau d’exigences réglementaires imposé pour les opérations de démantèlement.

Et l’avenir…

Jeune service de soutien interarmées, le SIMu s’affirme comme un acteur incontournable en matière de gestion et de délivrance des munitions. Fort de l’expérience acquise en temps de paix, en temps de crise comme en opérations, le SIMu continuera à contribuer, aux côtés des armées et de la DGA, à l’élaboration des politiques d’acquisition et des concepts de soutien du domaine munitions. Ses projets de transformation, intégrés dans la feuille de route SIMu 2025, doivent lui permettre d’être toujours plus performant au service de l’engagement des forces. 

 

 

 

Grégory Bonnemains

ICETA, chef de la division des parcs du SIMu Pyrotechnicien de formation, il rejoint en 2020 wle Service Interarmées des Munitions après avoir suivi la scolarité de l’école de guerre. Il occupe le poste de chef de la division des parcs à Versailles, où il encadre les responsables du soutien en service de l’ensemble des munitions conventionnelles des armées.

 

 

Auteur

Grégory Bonnemains, ICETA

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