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01 octobre 2019

LA GAZELLE, À CŒUR OUVERT

Le passage dans l’industrie, un peu crasseux ? Court témoignage d’un jeune ingénieur épanoui chez les tôliers.


A ma sortie d’école, jeune ingénieur fougueux (que je suis toujours, j’espère !), mu par une soif de servir sur des projets concrets et de vivre des relations humaines riches, j’ai choisi de me diriger vers le SIAé (Service industriel de l’Aéronautique), et plus spécifiquement vers l’AIA CF (Atelier Industriel de l’Aéronautique de Clermont-Ferrand). Après deux postes dans la place, je peux attester que je ne suis pas déçu du voyage ! Les promesses initiales sont remplies : le cambouis comme l’humain sont chaque jour au rendez-vous.

Chef de projets modifications, une aventure multiforme !

Le premier poste traditionnellement confié aux jeunes ingénieurs militaires arrivant à l’AIA CF est celui de chef de projet sur des modifications d’aéronefs. Je n’ai paséchappé à la règle : on m’a confié des projets sur Gazelle, puis également sur Transall et sur Tigre. A la croisée des chemins, entre la DGA, les opérationnels, les industriels, et les divers services de l’AIA, cerné par les contraintes d’approvisionnements, de navigabilité, de qualité, de coûts ou de calendrier, j’ai parfois eu le sentiment d’être un équilibriste ou un jongleur, voire les deux en même temps ! Mais la compétence et la bonne volonté des collaborateurs dans tous les services ont fait des miracles, et les projets ont abouti avec succès. Mon expérience la plus marquante sur ce poste reste le projet Satcom, où, lors d’une collaboration inédite avec le CEAM (Centre d’Expertise aérienne militaire), nous avons monté une antenne de communication par satellite sur le Transall Gabriel, en Urgence Opérations. Imaginez-vous cette recette diabolique ? Prenez deux organismes qui ne sont pas habitués à travailler ensemble, ajoutez-y une priorité maximale accordée par le Major Général de l’Armée de l’Air, des délais très réduits, une bonne dose d’exigences de navigabilité, et vous goûterez un aperçu du plat original et réussi que fut ce projet.

A la maintenance, même sur des appareils vieux de 40 ans, on ne s’ennuie jamais...

Mon deuxième poste, que j’occupe actuellement, est celui d’adjoint au chef d’unité de production Hélicoptères. A l’AIA CF sont entretenus les Tigre, Gazelle et Puma. Sur ces machines sont réalisés des entretiens lourds, souvent couplés à des chantiers de modification, comme la rénovation OACI. Presque toutes les semaines, une nouvelle machine entre pour plusieurs mois de travaux. A mon sens, le chantier le plus impressionnant est la maintenance effectuée sur Gazelle lors de son entretien IRAN (Inspect and Repair As Necessary), réalisé sur chaque machine tous les 15 ans. Lors de cette visite, les ouvriers déposent tous les équipements et de nombreuses pièces de structure de la machine, tandis que la cellule est entièrement décapée, afin de faciliter la détection de criques. Lorsque des pilotes visitent notre atelier, ils sont toujours ébahis de voir dans un tel état la machine sur laquelle ils ont volé ! Pour réaliser ces véritables opérations à cœur ouvert sur Gazelle, une somme étonnante de savoir-faire est réunie. Les équipes de décapage, soudure, contrôle non destructif, composites, peinture, sont sollicitées à chaque visite. Les mécaniciens déploient des trésors d’ingéniosité et de patience pour régler, en mise au point finale, des machines qui, toutes, vibrent. La clef de leur savoir-faire est de faire la différence entre celles qui vibrent normalement et celles qui vibrent anormalement... et de trouver des actions à mener pour que ces dernières vibrent normalement. Un véritable défi !

Faire la différence entre celles qui vibrent normalement et celles qui vibrent anormalement

Dans mon poste, la diversité des sujets abordés est immense. De la planification industrielle à l’économie, en passant par la gestion de carrière ou les investissements, le panel est très large. L’autonomie qu’on me laisse l’est autant. Mon rôle principal est d’entretenir un climat d’unité et de confiance, pour que chacune des personnes de mon entité soit dans de bonnes conditions pour entreprendre et donner le meilleur d’elle-même dans son champ d’action. Si chaque maillon de la chaîne vibre en phase avec son voisin, c’est l’ensemble de la chaîne qui décollera !

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