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01 mars 2019

NAVAL GROUP ET FINCANTIERI S'ALLIENT POUR DONNER NAISSANCE À UN CHAMPION MONDIAL DE LA CONSTRUCTION NAVALE

Naval Group et Fincantieri ont annoncé le 23 octobre dernier, à Euronaval, leur intention de créer en 2019 une co-entreprise. Ce projet d’alliance avait été lancé à la demande des gouvernements français et italien en septembre 2017. Cette étape décisive répond à une double ambition : elle renforce la présence mondiale des deux groupes sur le marché naval en développant les synergies et les complémentarités ; elle permet d’offrir à nos deux pays comme à l’export les meilleures technologies, aux meilleurs prix et avec les meilleures lignes de produits.


Depuis le 34e sommet franco-italien qui s’est tenu à Lyon le 27 septembre 2017, Fincantieri et Naval Group n’ont cessé de travailler et nous avons soumis en juillet 2018 aux ministres français et italiens un projet industriel commun. Cette proposition comprend un descriptif des initiatives clefs que nos deux groupes se proposent de lancer dès 2019 dont notamment le lancement d’une joint-venture (JV) contrôlée à parts égales qui va permettre de mettre concrètement sur pied cette alliance. Les ministres français des Armées et de l’Economie, Florence Parly et Bruno Le Maire, avec leurs homologues italiens, Elisabetta Trenta et Luigi Di Maio, ont donné leur feu vert à ce projet et préparent en parallèle l’accord intergouvernemental qui soutiendra cette ambition industrielle.

Un pas décisif pour la croissance

La création de la JV commune en 2019 entre nos deux sociétés constitue un pas important pour le développement de nos entreprises. Cette co-entreprise managera les projets communs franco-italiens ainsi que ceux sélectionnés conjointement dans les domaines de l’export, des achats, de la R&D, de l’ingénierie des systèmes, etc.

Son activité s’enrichira progressivement en développant les activités en synergie et grossira en fonction des opportunités du marché.

Comme toute société, la JV aura une existence juridique propre. Elle remplira des missions industrielles et commerciales pour mettre en œuvre les activités bénéfiques aux deux entreprises. Son équipe de direction constituée d’hommes et de femmes issus de Naval Group et de Fincantieri sera responsable de l’exécution des différents projets qui lui seront confiés et les conduira avec le support industriel et commercial des deux maisons mères. La société commune sera établie dans les deux pays, France et Italie, et pourra exporter à partir de la France ou de l’Italie.

Gagner des parts de marché à l’international grâce à des offres plus attractives et compétitives

La Loi de Programmation militaire, bien qu’en croissance (pour la 1re fois depuis trente ans), ne suffit pas à assurer à elle seule la pérennité de la BITD française dans le domaine naval. Naval Group a donc, comme les autres maîtres d’œuvre des autres secteurs de la défense, un besoin vital de présence à l’international pour soutenir un outil industriel compétent et compétitif, apte à fournir l’ensemble des besoins souverains de la France, maintenir et développer ses compétences et sa compétitivité.

L’Europe étant largement saturée, nous devons aller chercher ces relais de croissance dans les zones où les budgets d’acquisition augmentent. Dans la prochaine décennie, le marché mondial du secteur naval de défense va croître de trois à cinq pour cent par an. Plus d’une centaine d’appels d'offres sont attendus dans les dix prochaines années. L’objectif partagé de Fincantieri et de Naval Group est de gagner ensemble à l’horizon de cinq à dix ans, un navire de plus par an pour chacun d’entre nous.

Mais, le temps presse ! Aujourd’hui Naval Group est le leader en Europe, mais petit à l’échelle mondiale. Fin 2018, le premier mondial était le chinois CSSC, avec un chiffre d’affaires proche de dix milliards devant les deux maîtres d’œuvre américains (environ 6 milliards chacun) quand Naval Group est à 3,5 milliards. Peu présents sur les marchés internationaux en 2003, les Chinois sont aujourd’hui actifs partout, en Afrique, en Amérique latine... Leur industrie produit une frégate par mois et un sous-marin tous les quatre mois.

Et en 2020, le deuxième mondial sera probablement le russe OSK, déjà en Inde, au Vietnam, en Arabie Saoudite... A ce podium s’ajoutent les nombreux nouveaux entrants : coréens, indiens, le japonais Mitsubishi, le turc STM, l’australien Austal.

Pendant ce temps, l’Europe est toujours plus divisée : les Suédois et les Allemands se sont séparés, les Français et les Espagnols ont interrompu leur alliance, les Britanniques se tournent toujours plus vers les États-Unis et les luttes fratricides nuisent à nos parts de marché et à nos marges. Il se passe dans le domaine naval exactement ce qui s’est passé dans l’industrie ferroviaire il y a vingt ans avec les conséquences que l’on connaît. Dans ce contexte hyper concurrentiel, nous devons dépasser nos égos nationaux et prendre notre avenir en main et conduire – plutôt que subir les rapprochements industriels en Europe.

Atteindre la taille critique

Le projet d’alliance avec Fincantieri nous assurera une taille critique non seulement pour résister à la concurrence mais également pour nous développer grâce à une présence internationale renforcée et des gammes de navires plus étendues. Nous pourrons additionner nos forces et nos positions internationales très complémentaires – afin de développer notre empreinte industrielle. Fincantieri a vingt-deux implantations hors d’Italie, nous en avons huit qui ne sont pas dans les mêmes pays.

Nous avons des synergies à rechercher dans le développement de nos lignes de produits pour adresser l’ensemble des besoins du marché avec des dépenses moindres. Nous pourrions par exemple proposer des frégates de 3 000 à 4 000 tonnes qui bénéficieraient du meilleur de nos réalisations les plus récentes, telles la frégate de taille intermédiaire Belh@arra et la frégate italienne PPA (Pattugliatore Polivalente d’Altura). Cette nouvelle gamme permettrait notamment de remplacer les frégates type Floréal et La Fayette pour la France et les patrouilleurs Commandanti et Orione pour l’Italie.

Enfin, la mise en commun de certains de nos programmes de R&D nous permettra d’accélérer nos cycles d’innovation, course indispensable face à une concurrence asiatique très dynamique, qui a de plus en plus accès aux produits des équipementiers européens.

Compréhension mutuelle et confiance

et plusieurs grands projets navals ont donné lieu à des coopérations réussies entre nos deux pays. Nous avons développé une torpille légère (MU 90) en 1993 et réalisé le programme de frégate multimissions (FREMM) lancé en 2005. Cette histoire entre nos deux sociétés et la coopération entre nos deux États ont développé la compréhension mutuelle et la confiance.

A court terme, nous travaillons sur le programme Flotlog des futurs pétroliers ravitailleurs de la Marine nationale. L’Italie ayant déjà ce type de navire avec le programme Vulcano, la ministre française des Armées a confirmé pendant Euronaval la future commande de quatre navires pour la France. Ceux-ci seront adaptés aux besoins français par nos équipes et la réalisation sera partagée entre les chantiers de Fincantieri et ceux de Saint-Nazaire.

Par ailleurs, dès que la JV sera opérationnelle, nous travaillerons ensemble pour présenter une offre commune pour des études système en vue de la refonte à mi-vie des quatre frégates françaises et italiennes de classe Horizon, avec un système de direction de combat commun. Nous en ferons de même, le moment venu, pour la rénovation à mi-vie des FREMM, car ces deux programmes qui illustrent cette coopération franco-italienne réussie ont bien entendu vocation à rester des objets de coopération entre nous.

Garder l’avance technologique que nous proposons à nos clients.

Ce projet d’alliance industriel doit nous permettre d’unir nos forces en vue de mener conjointement des projets de recherche et d'innovation. Nos clients recherchent la supériorité opérationnelle et nous devons leur garantir le meilleur de la technologie. Pour cela, il nous faut encourager la fertilisation croisée entre nos deux sociétés, avec le partage de centres et moyens d'essais ainsi que des réseaux d'experts. Parmi les thèmes prioritaires que nous pouvons partager dans ce sens, l’accent sera mis sur le Common naval engineering laboratory(CNEL) et sur le Digital towing tank(DTT, bassin d’essais numérique). Ces centres d’excellence visent à développer des capacités de simulation de navires virtuels, et ce tout au long de leur cycle de vie, afin de mieux prédire les performances et de réduire le nombre d'essais réels.

L’alliance nous permettra aussi d’investir ensemble pour accélérer la mise en place des nouveaux procédés industriels de « l’Usine du futur », de promouvoir l'utilisation de technologies numériques et robotiques pour renforcer la compétitivité de nos chantiers navals en s'appuyant sur les technologies CAO 3D, des data centers, les maquettes numériques ou encore la réalité virtuelle et la réalité augmentée.

Un projet industriel pérenne

Bref, ce projet d’alliance est un projet industriel solide fondé sur une vision partagée de la nécessité absolue de rapprocher entre eux les industriels européens pour préserver la souveraineté de la Base technologique et industrielle de Défense (BITD) et des parts de marché à l’export suffisantes. Très concret et ambitieux, il permet à la France et à l’Italie de renforcer leurs liens et de donner un signal fort pour engager la consolidation progressive de la construction navale en Europe.

C’est un projet de conquête qui répond aussi aux intérêts des États. Ainsi, un accord de Gouvernement à Gouvernement accompagnera ce projet d’alliance pour faciliter et fluidifier la collaboration entre nos deux industries, tant sur le plan national qu'à l'export et garantir la souveraineté des États sur les domaines réservés.

La consolidation progressive du naval de défense autour de notre alliance est pour nous incontournable si nous voulons y jouer notre rôle de leader. Elle pourra bien entendu – au-delà de la France et de l’Italie – s’ouvrir ultérieurement à l’industrie d’autres pays européens.

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