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03 mars 2024

FACTEUR HUMAIN : LE FACTEUR X ?

Le facteur humain : comment ne pas être saisi de vertige quand il s’agit d’introduire un thème aussi vaste, avec une matière aussi riche et qui touche de surcroit à l’impalpable, à l’immatériel ?


Une fois ce court moment en apesanteur passé, ma première inclinaison a été d’aller vers les différentes formes d’interaction entre l’humain et les systèmes pour caractériser ce qu’est le facteur humain, sans doute porté par le souvenir des maquettes en bois utilisées pour valider l’ergonomie du premier système sur lequel j’ai travaillé : un banc de test automatique destiné à équiper les unités du matériel de l’armée de terre.

Que l’on se place dans le monde civil ou dans le monde militaire, les missions à accomplir par un système sont de plus en plus nombreuses, la complexité de conception s’accroit à chaque nouvelle génération, sans parler du numérique où l’évolution se fait quasiment en continu et l’irruption de l’intelligence artificielle remet en question la place de l’homme dans le fonctionnement global homme-machine. Et pourtant, que de gains à obtenir en rapidité d’appropriation des capacités d’un système avec une ergonomie bien pensée, que de réactivité gagnée en situation de stress et de pertinence dans les réactions !

« La facilité d’emploi peut faire la différence »

Aujourd’hui, si la simulation permet d’orienter très en amont la conception, il n’en reste pas moins que l’association ingénieur – utilisateur reste un facteur clé de succès dans le futur emploi du système. Et il ne s’agit pas uniquement d’intégrer des utilisateurs à des groupes de travail dans le but d’influer sur la conception. Il s’agit également d’inciter l’ingénieur à se mettre en situation,

l’utilisateur ne choisit pas toujours la solutions qu’on a conçue pour lui…

L’utilisateur ne choisit pas toujours la solutions qu’on a conçue pour lui…

Notons aussi qu’un bon système est un système disponible : la conception doit embarquer la facilité à assurer les opérations de maintenance des différents niveaux, gage de moyens rapidement remis dans le cycle opérationnel.

Enfin l’analyse de l’humain, dans toutes ses complexités, est vitale dans la manière dont sont pris en compte les risques, particulièrement pour les systèmes critiques. On voit la place que prend l’humain dans les causes des accidents aéronautiques. Capable du pire, comme court-circuiter un élément de sécurité s’il estime la contrainte trop forte ou surestimer ses capacités et celles de la machine en pensant que « cela va passer », l’humain est aussi capable d’une extraordinaire plasticité et d’une ingéniosité remarquable quand il est confronté à des situations exceptionnelles.

Bien entendu, on ne peut réduire le facteur humain à l’interaction avec les systèmes. La performance des organisations et la réussite des projets tiennent beaucoup à la façon dont la pâte humaine va prendre : « Il n’est de richesse ni de force que d’hommes » nous disait Jean Bodin au XVIe siècle.

Comment mobiliser les ressources humaines vers une finalité, qu’elle soit dans le domaine du projet, de la transformation de l’organisation ou de la mise en œuvre de systèmes ? Ce n’est pas un hasard si le Président de la République met en avant dans ses vœux aux armées les « talents » dont dispose le ministère ou encore le fait que « les grandes aventures sont collectives ». Et ce qui fait la force d’un collectif, c’est sa capacité à attirer, mais aussi à fidéliser en investissant dans l’humain.

Alors certes, cela demande de se placer dans une optique de moyen-long terme, d’avoir un peu de constance dans sa vision stratégique voire de relativiser l’atteinte de résultats pour le trimestre ou le semestre en cours, et également d’y mettre les moyens. Les résultats sont à la hauteur de l’effort consenti : que ce soit sur l’image véhiculée par l’organisation, sur la réussite des projets, ou encore sur la capacité à encaisser les crises, un sain équilibre entre l’attention portée à la performance opérationnelle et l’attention portée au potentiel humain permet de se donner les meilleures chances de succès.

« Investir dans l’humain n’est pas une option »

J’ajoute que la question des compétences, avec leur acquisition, leur évolution dans un monde technologique en évolution rapide, leur indépendance aussi si je me réfère à la maîtrise d’ouvrage, est centrale dans la réus- site des projets et des organisations.

Vous trouverez bien d’autres facettes du facteur humain dans ce numéro. Mais avant que vous ne plongiez dans les richesses de ses articles, je vous laisse prendre un instant pour méditer sur cette citation de Pythagore : « Un homme n’est jamais aussi grand que lorsqu’il est à genoux pour aider un enfant. »

Michel Pardoux, IGA, Chargé de mission réforme des corps techniques à la DIESE

Diplômé de l’ENSTA Bretagne, Michel Pardoux débute sa carrière au sein de la DGA en tant qu’architecte technique. Après plusieurs postes de directeur de programme, il devient en 2014 responsable du pôle Télécommunications, puis prend en 2019 la sous-direction de la compé- tence technique de la DGA. En mai 2023, il rejoint la DIESE en tant que chargé de mission réforme des corps techniques.

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