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03 mars 2022

INTRODUCTION DU DOSSIER

Sujet récurrent et déjà traité dans ces pages il y a 15 ans, les drones ont déjà une longue histoire. Que n’a-t-on pas entendu s’agissant de la France : retards à l’allumage, virage complètement raté, on ne fait que courir derrière les américains ou les israéliens sans espoir de ne jamais les rattraper…. Ces critiques sont-elles fondées ? 


Il est vrai que certains conservatismes ont pu un temps l’emporter sur l’innovation et les remises en cause qu’elles induisent. De même, le lancement de programmes, qui suppose une synchronisation entre volonté politique, écosystème industriel structuré, capacité de financement, voire ici acceptabilité culturelle, n’a jamais été une tâche aisée. Sans compter, pour simplifier l’équation, l’ajout à cela d’une ambition de coopération ! Pour autant, le drone MALE européen va quitter son éternel rôle d’arlésienne, et le nombre de systèmes déjà utilisés quotidiennement dans les forces traduit l’engagement des armées françaises dans ce domaine foisonnant, conscientes qu’il est d’un enjeu que les derniers conflits ne font que confirmer.

Le drone aérien de type MALE, qui a principalement focalisé ces critiques, n’est-il pas l’arbre qui cache la forêt ? Chez les grands maîtres d’œuvres comme dans les start-ups, le domaine des drones n’a jamais été aussi actif et dynamique : ces pages vous le démontreront. Pour les ingénieurs que nous sommes, il est assez enthousiasmant de constater que de nouveaux types de drones apparaissent, avec autant de nouveaux usages potentiels, de nouvelles opportunités sont donc à saisir pour nos forces comme pour notre industrie. Et cela dans tous les milieux. Si le domaine aérien est donc le plus médiatique, la nouvelle stratégie de maîtrise des fonds marins devrait par exemple permettre de mettre en lumière et soutenir le domaine des drones navals, lui aussi riche et très innovant. De même, le domaine terrestre apporte son lot de nouveautés, et pourrait lui aussi constituer un démultiplicateur de force indispensable. 

Et ce, en gardant une certaine prudence sur le mythe de l’autonomie à court terme, comme nous le constatons dans le secteur automobile. De plus, l’enjeu est d’avancer sans jamais perdre de vue les indispensables sûreté et sécurité, et avec une conscience aiguë des dimensions éthiques associées. 

Passionnant, le domaine des drones représente une synthèse d’un très grand nombre de technologies de pointe (Intelligence Artificielle, énergie, navigation, liaisons de données, etc.). Ils représentent également de nouvelles menaces potentielles qui nous obligent à imaginer de nouvelles solutions technologiques. Les États-Unis l’ont bien compris et multiplient les développements tous azimuts dans les drones. Les moyens financiers plus limités de la France ne nous ont jamais interdit d’avoir des équipements au meilleur niveau mondial. Nous, ingénieurs de l’armement, dans des structures étatiques ou industrielles, avons donc toute la matière et capacités pour nourrir et soutenir la réflexion conceptuelle et l’audace que prône le CEMA. Alors pas de complexe, à nous de démontrer que nous ne serons pas en retard sur des concepts déjà éprouvés, mais bien en avance sur les prochains, ceux-là mêmes qui seront nécessaires dans les confrontations de demain plutôt que celles d’hier !

 

 

Jean Reix , IGA, Chef de cabinet du Délégué Général pour l’Armement

Diplômé de l’ENSTA Bretagne, et auditeur du CID et de l’IHEDN « Armement et Économie de Défense », Jean Reix a débuté sa carrière dans les systèmes d’information. Il a dirigé des programmes d’armement dans les systèmes d’information (SICF), les drones tactiques (SDT), et le système de systèmes SCCOA. Il s’est ensuite occupé de préparation de l’avenir comme architecte de système de défense Commandement et Maitrise de l’Information (CMI). Il est depuis janvier 2022 chef de cabinet du Délégué général pour l’armement.

 

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