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01 juin 2017

L’AÉROCOMBAT AUX AVANT-POSTES : LES SPÉCIFICITÉS DE LA MANŒUVRE DES HÉLICOPTÈRES EN OPÉRATIONS

Publié par David Perrot, lieutenant-colonel | N° 112 - Les voilures tournantes

Comme l’ensemble des forces terrestres, l’aviation légère de l’armée de Terre (ALAT) engage en opérations d’importants volumes de forces dans des conditions rustiques et avec des moyens modernes, en autonomie et dans un contexte interarmes, interarmées, voire interalliés.


Cet article vise, au travers des enseignements des engagements opérationnels actuels et passés, à décrire les spécificités de la manœuvre des hélicoptères en opérations, définissant un « aérocombat à la française », érigé en modèle pour de nombreuses armées dans le monde.

S’inscrivant dans un contrat opérationnel…
Le contrat opérationnel de l’armée de Terre, duquel le format organique de l’aviation légère de l’armée de Terre se déduit, définit l’ambition française pour son aérocombat. Ce contrat prévoit l’engagement, selon des délais de montée en puissance définis et progressifs, d’un volume conséquent d’hélicoptères, aussi bien dans une intervention en protection de nos concitoyens sur le territoire national que dans une opération majeure dont la France pourrait être nation cadre.
Fort d’un parc opérationnel de 115 hélicoptères de manœuvre et de 147 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque, l’armée de Terre dispose d’une brigade d’aérocombat à trois régiments dont le cadre d’emploi est celui de l’engagement d’une force aéroterrestre de niveau division et d’un régiment d’hélicoptères des forces spéciales. Doté d’équipements spécifiques, ce régiment apporte une réelle capacité d’intervention sur l’ensemble du spectre d’emploi des hélicoptères par des procédés de combat novateurs et des modes d’action originaux qui progressivement migrent vers les forces conventionnelles, donnant corps à la notion d’une aviation légère de l’armée de Terre, unique et cohérente. Afin de répondre aux délais de montée en puissance et au volume de forces engagées, la tenue de ce contrat opérationnel passe par une préparation opérationnelle exigeante, tant quantitative que qualitative, qui débute dès la formation des équipages à l’école de l’ALAT. En unité, l’« aérocombattant » mène un entraînement qui se décline en une préparation individuelle et collective (tirs à l’arme légère, vol en conditions difficiles, seuil minimal annuel de 180 heures de vol, vol en patrouille, appui feu…) et en une préparation interarmes et interarmées dont la finalité est la capacité à être engagé immédiatement en opérations.

… l’emploi des hélicoptères en opérations ne répond à aucun engagement type…
Le volume des engagements actuels fluctue au rythme des priorités opérationnelles imposées par la prééminence des menaces. Ainsi, une trentaine d’aéronefs ont été engagés simultanément en opérations en 2016 pour un volume équivalent placé en posture d’alerte. Les opérations auxquelles l’ALAT a participé ces dernières années (Afghanistan, Libye, République de Côte d’Ivoire, République centrafricaine, bande sahélo-saharienne…) ne présagent évidemment en rien de ses engagements futurs mais elles illustrent la diversité et la complexité des engagements.
L’opération Harmattan en Libye, avec un bilan élogieux pour les hélicoptères de l’armée de Terre de 600 objectifs détruits a mis en exergue la capacité d’action autonome dans la profondeur d’une force aéromobile dans un environnement interarmées. Menée à partir de la mer, elle a affirmé le principe d’attaque en meute et la nécessité d’autonomie tactique qui permettent, par le nombre d’appareils engagés, de manœuvrer, de durer et de vaincre l’ennemi.
Les enseignements des opérations Serval en 2013 puis aujourd’hui Barkhane dans la bande sahélo-saharienne sont multiples. Le premier d’entre eux est certainement la validation du concept de groupement tactique interarmes à dominante aérocombat (GTIA-A) qui confère au commandant de la force un pion de manœuvre interarmes qui permet, par la spécificité de l’hélicoptère, de varier le tempo des opérations et les modes d’action. Avec son état-major et fort d’une vingtaine d’aéronefs, le chef du GTIA-A combine les effets sur le terrain et contre l’ennemi en coordonnant la manœuvre interarmes et les capacités interarmées. Le déclenchement impromptu de l’opération Serval en janvier 2013 a par ailleurs souligné la réactivité de la force, celle des équipages comme celle des maintenanciers et logisticiens, grâce notamment au 9ème régiment de soutien aéromobile, acteur majeur de la montée en puissance du détachement hélicoptères.
Tous ces théâtres ont en commun d’avoir éprouvé les aéronefs, comme les équipages, par des élongations importantes et des conditions extrêmes de température et d’abrasivité (sable, air salin). La plus-value des hélicoptères de nouvelle génération dans ces conditions extrêmes est évidente. Leur autonomie, leur survivabilité et leur puissance de feu ou d’emport ont ouvert de nouveaux domaines d’action.
L’ALAT est également présente sur le territoire national, d’une part par son engagement « historique » qui répond à la demande aux catastrophes que nos concitoyens peuvent subir (feux de forêt, inondations…), d’autre part avec une capacité permanente mise à disposition des forces de sécurité intérieure et enfin avec un dispositif de circonstance en alerte, adapté à la menace sur le territoire en y dédiant au besoin plus d’une trentaine d’hélicoptères, créant de fait une capacité réactive et puissante. Cette multiplicité de types d’engagements pour les hélicoptères témoigne de la nécessité de se préparer à des options diverses et nourrit une réflexion doctrinale interarmes et interarmées vivante.

… mais définit des spécificités propres à l’aérocombat…
Ces opérations dessinent les contours de l’« aérocombat à la française », qui force l’admiration de nos partenaires de l’Otan.
Les unités de la 4ème brigade d’aérocombat agissent ainsi, soit en autonome, soit dans un environnement interarmes, interarmées et interalliés, en « masse » et en manœuvrant face à un ennemi, éventuellement lui-même au contact de nos troupes au sol. Ces unités sont polyvalentes, aptes à délivrer une puissance de feu fulgurante, à héliporter des moyens conséquents, à renseigner et remplir l’ensemble des missions offensives, défensives ou de sécurisation au plus près des forces. Œuvrant dans des conditions difficiles, tant pour les équipages que pour les aéronefs, l’ALAT exige une forte technicité de ses soldats, qu’ils soient pilotes, mécaniciens ou encore contrôleurs aériens, et une haute technologie de ses équipements. Cet aérocombat ne serait cependant pas efficient s’il n’était pas mis en œuvre par des soldats résilients et aguerris et s’il ne possédait pas en propre des moyens de commandement ainsi que des moyens d’intégration et de coordination entre les différents intervenants dans la troisième dimension et les troupes au sol.

… qui a des savoir-faire précieux, fragiles et prometteurs.
Ces savoir-faire opérationnels ne sont évidemment jamais définitivement acquis. La disponibilité technique opérationnelle des aéronefs doit être préservée afin de permettre une concentration des efforts en opération et une liberté d’action pour la préparation opérationnelle. Le plan d’action « hélicoptères », co-piloté par la DGA et l’EMA, vise cet objectif en ciblant notamment une amélioration des niveaux de soutien opérationnel et industriel. Des perspectives prometteuses s’ouvrent à l’aérocombat pour répondre à ses futurs engagements, l’ALAT s’inscrivant pleinement dans les orientations fixées par le chef d’état-major de l’armée de Terre dans l’action terrestre future. Par ses équipements et ses capacités actuelles comme ultérieures, l’ALAT est ainsi parfaitement intégrée à la dynamique Scorpion qui vise à l’unicité et à la combinaison des fonctions de combat de la manœuvre aéroterrestre. L’hélicoptère inter-armées léger (HIL), hélicoptère de reconnaissance et d’appui armé, qui remplacera progressivement la Gazelle au cours de la prochaine décennie, sera capable de travailler, en environnement difficile, au même rythme et avec la même profondeur que les Tigre et Caïman, et d’échanger directement avec eux au sein de la bulle Scorpion. Le tir collaboratif du Tigre HAD ouvre un champ capacitaire nouveau, avec par exemple une coopération renforcée entre drones tactiques et hélicoptères.
L’armée de Terre détient également une expertise en matière de drones à voilure tournante. Le drone du génie (Drogen) actuellement déployé dans la bande sahélo-saharienne, offre une plus-value indéniable pour effectuer des levers de doute au profit du génie militaire. L’emploi de micro-drones à voilure tournante au profit des fantassins, particulièrement prometteur en zone urbaine, fait également l’objet d’études. Porté par des hommes et des femmes entraînés, aguerris et motivés, l’aérocombat, caractérisé par sa fulgurance et sa pleine intégration dans la manœuvre interarmes et interarmées, est aujourd’hui une fonction incontournable au succès des opérations. L’emploi des hélicoptères doit répondre aux exigences des engagements actuels sans cependant compromettre la réactivité face aux menaces potentielles, à hauteur du contrat opérationnel, en réussissant les défis du soutien, de la préparation opérationnelle et de la montée en puissance du parc de nouvelle génération.


David Perrot, lieutenant-colonel Bureau emploi de l’Etat-major de l’armée de Terre
Officier de l’ALAT, le lieutenant-colonel David PERROT est depuis 2015 le référent aérocombat au bureau emploi de l’EMAT. Il a participé à de nombreuses opérations, notamment comme chef d’un détachement hélicoptères en République de Côte d’Ivoire (2003) et au Mali (2015). Il prendra cet été le commandement de la base école général LEJAY (formation à l’aérocombat) au Cannet de Maures.

Auteur

David Perrot, lieutenant-colonel

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