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Poste de tir du missile AKERON
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20 mars 2024

NOUS PORTONS LA VOIX DE L’UTILISATEUR

Publié par Céline Thierry | N° 131 - FACTEUR HUMAIN

Comment ? En développant notamment des systèmes qui intègrent les exigences humaines grâce à une meilleure connaissance des contraintes des utilisateurs. Un véritable avantage compétitif pour le groupe.


L’être humain est-il le maillon faible ou le maillon fort des systèmes d’armes ? Tant que l’utilisateur sera un humain, optimiser ses interactions avec les équipements restera crucial pour maximiser les performances des systèmes. MBDA travaille ainsi sur les deux grands domaines de l’ergonomie, l’ergonomie physique et l’ergonomie cognitive. Cette exigence d’ergonomie s’applique aux produits destinés aux forces armées, mais également aux opérateurs MBDA pour optimiser certaines manipulations d’équipements, comme par exemple l’assemblage d’un missile sous un avion. Dans le contexte de croissance des effectifs que connaît MBDA, l’entreprise travaille également à rendre plus ergonomiques ses moyens de développement et de tests. Qu’il s’agisse de nos clients ou de nos collaborateurs, l’objectif est clair : leur permettre de s’approprier facilement les systèmes et les utiliser de façon rapide, efficace et sans erreur. Plus c’est simple, plus c’est performant. Cela résume bien tout le travail de l’équipe Facteurs Humains chez MBDA, créée en 2015 en France et dont la première mise en œuvre importante s’applique au poste de tir du missile AKERON. Embryonnaire il y a quelques années, elle compte aujourd’hui une quinzaine d’experts et devrait continuer à se développer, car le besoin de systèmes ergonomiques va croissant.

Le temps où l’humain devait s’adapter aux machines est révolu

Les générations actuelles n’ont connu que des environnements numériques très intuitifs. De plus, les forces armées sont soumises à des niveaux de stress et de fatigue qui, sur des théâtres d’opération de plus en plus complexes, peuvent diminuer leurs capacités. Cette réalité, MBDA l’a bien comprise.

« AUJOURD’HUI, L’UTILISABILITÉ DOIT FAIRE PARTIE INTÉGRANTE DE LA PERFORMANCE. »

L’équipe s’appuie sur une démarche d’ingénierie centrée sur l’opérateur humain. En phase amont d’analyse des besoins, il s’agit de mener des observations, constituer des groupes de travail, conduire des entretiens avec des protocoles de questionnement précis. Ensuite, dans la deuxième phase, des maquettages de logiciels ou de produits vont servir d’objets de confrontation et de compromis avec les différents métiers de MBDA. Plus les facteurs humains sont pris en compte en amont, plus il sera possible d’agir à coût maîtrisé.

La matière de base de cette méthodologie, c’est l’utilisateur. Il y a encore quelques années, la prise en compte du point de vue utilisateur était à la charge des ingénieurs de conception. Aujourd’hui, les Facteurs Humains sont en charge de capturer le besoin, car cela nécessite une démarche structurée. Nous nous rendons sur le terrain au plus près des forces. Nous analysons la façon dont ils travaillent, leur environnement, nous modélisons leurs façons de penser pour construire des schémas. C’est ce qui permet de porter la voix des utilisateurs dans les projets, afin d’ajuster les choix d’architecture des systèmes avec les équipes de conception. Ensemble, nous recherchons le meilleur compromis.

Les Retex sur des équipements existants sont également une source d’information indispensable pour concevoir des nouveaux produits performants et adaptés. Un gain de temps, mais aussi une meilleure prise en compte des besoins des forces.

Dans un shelter, par exemple, se posent des questions de dimension des marches, de points d’appui, des espaces de passage ainsi que de l’accès à tous les équipements. Tout concourt ainsi à la performance dans l’utilisation du système. L’ergonome veille à ce que l’opérateur dispose d’un minimum de confort, car le poste est aussi un lieu de vie où le soldat peut être amené à retirer son équipement, manger et se réhydrater afin de conserver sa capacité opérationnelle dans une ambiance adaptée (lumineuse, sonore, thermique).

De plus, un utilisateur qui voit que son produit a été pensé pour lui aura plaisir à l’utiliser et en éprouvera même une fierté. Il l’entretiendra alors avec d’autant plus de soin, renforçant la fiabilité du produit.

Le rôle des facteurs humains est donc désormais fondamental pour rendre le couple opérateur/système d’arme plus performant.

Les systèmes futurs seront plus complexes, embarqueront de l’IA et de l’automatisation mais paradoxalement augmenteront la charge cognitive de l’opérateur

Les systèmes futurs seront plus complexes, embarqueront de l’IA et de l’automatisation mais paradoxalement augmenteront la charge cognitive de l’opérateur

Le combat collaboratif : un enjeu pour les facteurs humains

Plus collaboratifs, plus intelligents, plus connectés et capables de multiplier les effets militaires en s’intégrant avec de nombreux autres systèmes : tel est l’enjeu des systèmes d’armes de demain, sur lesquels MBDA travaille notamment dans le cadre du Système de Combat Aérien du Futur (SCAF).

Or, pour répondre à l’évolution des menaces et permettre aux forces de maintenir leur supériorité opérationnelle, les systèmes futurs développés par MBDA seront encore plus complexes et embarqueront davantage de technologies d’intelligence artificielle et d’automatisation.

Paradoxalement, cela induira une charge supplémentaire pour l’opérateur, car l’homme restera toujours dans la boucle : il faudra en effet pouvoir gérer les informations reçues, les analyser et les transformer en prise de décision. Si nous n’intégrons pas dès maintenant les limites humaines, nous n’atteindrons pas les performances souhaitées.

Dans cette perspective, MBDA a récemment intégré dans ses équipes un thésard dont les travaux portent sur l’impact de l’automatisation pour les systèmes d’armes au sein des avions de chasse, en collaboration avec le CEAM (Centre d’Expertise Aérienne Militaire) et l’IRBA (Institut de Recherche Biomédicale des Armées), et supervisée par un tuteur de l’AID (Agence de l’Innovation de Défense). Cette étude bénéficiera directement à l’emploi des armements du système SCAF (Système de Combat Aérien Futur). La prise en compte des facteurs humains sera ainsi déterminante dans les futurs choix de conception de ce système pour garantir le plus haut niveau de performance, et MBDA y apporte toute son expertise en la matière.

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Céline Thierry, Responsable des Facteurs Humains chez MBDA

Après un double diplôme ingénieur informatique (UTC) et master d’ergonomie (Université de Paris), Céline intègre l’équipe Facteurs Humains d’Airbus Défense. Elle poursuit chez MBDA où elle monte le pôle Facteurs Humains et développe un axe prospective en promouvant les coopérations et synergie avec les forces.

Auteur

Céline Thierry

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