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Arnaud Beltrame, un exemple qui ne peut laisser indifférent
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01 mars 2024

SCIENCE SANS CONSCIENCE

Chaque époque a fait reculer ce qui semblait spécifiquement humain. Serions-nous au bout ?


Arnaud Beltrame, un exemple qui ne peut laisser indifférent

Cultiver la conscience de soi et la conscience de sa capacité d’action pour dompter la future AGI

La maîtrise de la force et son utilisation au-delà de la force humaine, par la vapeur et l’acier, a fait l’objet de la première révolution industrielle.
Dans la deuxième, électricité et pétrole ont permis de remplacer quantité de services par des appareils et produits pour notre confort dans la société de consommation.
La troisième, celle de l’informatique, a démultiplié les communications et l’accès au savoir, mais changé la manière dont nous interagissons : entre l’email froid d’un côté et la mise en scène de soi-même de l’autre, où sont passées les discussions de fond ?
C’est aujourd’hui l’intelligence, le savoir et l’esprit d’analyse, et même la créativité qui sont désormais synthétisés dans cette quatrième révolution, celle de l’IA, dont on ne voit pas vraiment les limites. Songeons aux amis virtuels et autres agents conversationnels qui simulent une relation humaine.
Bref, agir sur le monde, rendre des services, apprendre et savoir, réfléchir, produire des idées, comprendre des sentiments sont désormais accessibles à des machines, ou via des machines qui prennent de plus en plus de place.

Que reste-t-il alors aux hommes ? La conscience !
D’abord, la conscience de soi. La conscience d’être vivant, d’avoir été depuis un commencement, et de continuer à être pendant un autre temps, incertain celui-là, parfois angoissant. Les tentations sont grandes de se détourner de cette incertitude : distractions, accumulations, assurances…

Également la conscience de sa capacité d’agir. À travers notre perception d’une situation et de celle de notre propre compétence, nous avons le pouvoir – et le devoir – de changer le monde. Là se nichent la capacité à prendre des risques, la prise de décision complexe, la résilience. Penser un geste suffit, nous disent les coachs sportifs, à s’améliorer. Encore faut-il que l’on passe à l’acte après l’avoir pensé.
N’est-il pas curieux que les algorithmes des réseaux sociaux visent principalement à capter notre conscience par de multiples moyens, dont les instincts, l’indignation, et l’illusion de l’action ?

Le facteur humain serait donc cette capacité d’agir de manière à la fois préparée et exécutée, en lien avec la conscience de soi. L’entraînement, la préparation ont depuis longtemps été une priorité des forces, pour pouvoir agir au plus vite et le plus efficacement possible. « À la guerre, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on sait ; pour pouvoir peu, il faut savoir beaucoup » disait le Maréchal Foch.
Cette préparation, vraie à l’échelle d’une armée, est étendue au domaine cognitif individuel dans la définition et l’emploi des systèmes d’armes. Comment rendre perceptibles les informations pertinentes, favoriser la lucidité, apprivoiser même la peur.

Comment ne pas citer ici la figure d’Arnaud Beltrame au moment où se déroule le procès de Trèbes ? Dirigeant les opérations pour maîtriser un attentat terroriste en mars 2018, et dans l’attente de l’arrivée du GIGN, le LCL Beltrame décida de se substituer à la jeune femme otage. Cette décision qui lui coûta la vie est controversée. Militairement, la situation était maîtrisée car bien préparée dans le cadre d’une répétition grandeur nature à peine trois mois plus tôt en décembre 2017. Il ne restait plus qu’un civil sur site, et cela simplifiait la situation. De l’autre côté, « ce n’est pas du tout dans les procédures… C’est une erreur au sens militaire mais c’est un acte de courage héroïque, » a rappelé un ancien négociateur du GIGN. Personne ne saura ce qui a réellement motivé cette décision, mais à quelques années de distance, Arnaud Beltrame est devenu source d’inspiration pour beaucoup. Déjà plus de 300 rues ou places ont été rebaptisées à son nom, et son portrait nous accueille à l’entrée de la DGGN.

Dans notre époque technologique où l’homme est de moins en moins indispensable, chacun de nous a sans doute encore plus besoin de se connecter à sa propre conscience. Savoir qui l’on est, s’engager, se préparer, agir… et finalement se donner.

Auteur

Rédacteur en chef du magazine des ingénieurs de l'Armement.
Coach professionnel certifié et accrédité "master practitioner" par l'EMCC.
Fondateur de Blue Work Partners SAS qui propose :<br>
- Formation au leadership
- Coaching de dirigeants
- Accompagnement d'équipes projets
X84, ENSTA, coach certifié IFOD,
Auteur du guide de survie du chef de projet (Dunod 2017).
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