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Le volcan Cotopaxi, réputé pour son profil conique
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30 septembre 2019

DEUX IA AU SOMMET

L’Equateur, d’une superficie équivalente à la moitié de la France, est scindé entre jungle et plages par une chaîne de volcans dont une dizaine dépasse l’altitude du Mont Blanc. Parmi ces mastodontes, le Cotopaxi culmine à près de 5900m : réputé pour son cône enneigé parfaitement symétrique, il est une ascension populaire bien que toujours redoutablement actif. Ses dernières secousses remontent à l’été 2015, mais il a depuis rouvert aux alpinistes et touristes désireux de challenger la météo, l’altitude et la difficulté... Nous n’avons pas fait exception.


Au mois d’avril 2019, j’étais avec Guillaume Bechon et d’autres amis de la promo X2011 en Equateur. Si l’ascension du volcan Cotopaxi n’était pas le but initial du voyage, il s’est finalement imposé comme un défi incontournable.

5897m : plus haut que le toit de l’Europe et pourtant relativement accessible puisqu’une route amène jusqu’à 4500m. Au delà du frisson que procure l’ascension d’un volcan actif, c’est surtout l’envie d’accomplir ensemble un exploit qui nous a poussés à dépasser nos limites physiques.

Est-ce le service militaire de Polytechnique qui nous a instillé ce goût de la cohez dans l’effort, cette appétence pour les challenges où l’on subit mais en équipe ? Il n’y est sans doute pas pour rien, et si Guillaume et moi sommes aujourd’hui ingénieurs de l’armement, c’est, entre autres, révélateur de l’empreinte laissée par notre formation militaire à l’X.

 

 

La fine equipe  - Lucie (2e en partant de la gauche) Guillaume (4e)

La cohésion sur un glacier à 5000m est palpable, littéralement, puisque nous sommes encordés par binôme et avec un guide de haute montagne : si l’un faiblit alors son binôme doit lui aussi renoncer au sommet et faire demi-tour. Or à ces altitudes, le principal ennemi n’est ni le froid (il ne fait « que » -5 à -10°C au sommet) ni la fatigue, mais le MAM. Le mal aigu des montagnes. Pris à la légère, il peut être fatal. Nous sommes un peu acclimatés lorsque nous nous élançons, mais le MAM est imprévisible et indépendant de la forme physique de chacun.

Dès la première étape, le manque d'oxygène se fait sentir

La veille de l’ascension, nous faisons halte au refuge Jose Rivas à 4864m d’altitude, d’où nous nous élancerons à minuit après une trop courte nuit pour une ascension de cinq à six heures. Dans une autre cordée une jeune femme n’ira pas plus loin que le refuge, ayant déjà les symptômes du MAM au réveil : ça promet !

Le faisceau de nos lampes frontales n’éclaire guère que les pieds du guide, mais le ciel est dégagé et malgré l’obscurité le glacier se détache distinctement des flancs de cendre du volcan. Nous sommes le dernier groupe à quitter le refuge et distinguons les frontales des cordées qui zigzaguent déjà plus haut. Crampons aux pieds nous adoptons un rythme régulier. Une migraine me suit depuis le départ et mon compagnon de cordée qui n’a pas fermé l’œil de la « nuit » au refuge peine à avancer. Guillaume et son binôme nous distancent avec leur guide. On se donne rendez-vous au sommet...

La respiration se fait de plus en plus difficile. Un pas. Une inspiration. Un pas. Une expiration. On s’encourage à chaque pause. Vers 5h le jour se lève. Nous sommes dans les nuages. On fait une croix sur la vue du sommet, mais ce n’est pas grave : l’important c’est qu’on arrive tous en haut. Nous doublons une à une les cordées parties avant nous. A 5h30 du matin, après un ultime raidillon, c’est le sommet. Enfin. Nous retrouvons nos deux compères qui font un photo shooting en nous attendant. On savoure cet exploit accompli ensemble.

Au sommet les nuages bouchent la vue, mais ce n'est pas grave, l'essentiel c'est qu'on y est tous arrivés

Quelques photos souvenir plus tard, nous devons déjà entamer la descente: il n’est pas prudent de rester sur le glacier lorsque le soleil commence à réchauffer le manteau neigeux. Deux heures plus tard, de retour au refuge, un petit déjeuner copieux nous récompense de notre effort.

Nous sommes épuisés. Mais heureux. Heureux d’avoir, ensemble, réussi ce challenge et partagé cet engagement physique. Il y en aura d’autres, professionnels comme sportifs, et nous savons que nous pouvons compter sur l’esprit de cohésion entre cocons, et a fortiori entre IA, pour les affronter. Chic à la Jône, chic à la 2011 !

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