Retour au numéro
Pygoplatys (Odontoteuchus) raingeardi Magnien, 2012, un insecte dédié à un aviateur (4 *) par un ingénieur de l’armement
Vue 20 fois
18 octobre 2021

CHERCHEZ LA PETITE BÊTE…
LA SOCIÉTÉ ENTOMOLOGIQUE DE FRANCE

La Société entomologique de France va fêter son bicentenaire dans une dizaine d’années. Réunissant professionnels et amateurs, elle continue de contribuer à l’avancement de la science.


L’entomologie est la branche de la zoologie qui s’intéresse aux insectes. Elle s’est progressivement affirmée comme une discipline à part entière au sein des sciences naturelles au cours du XVIIIe siècle, de nombreuses associations sont ensuite apparues au cours du XIXe.

Un peu d’histoire

Le 29 février 1832 Pierre-André Latreille, surnommé le Prince de l’entomologie, titulaire de la chaire des Crustacés et Insectes au Muséum national d’Histoire naturelle où il succédait à Jean-Baptiste Lamarck, ouvrait la séance solennelle d’inauguration des travaux de la Société entomologique de France en tant que Président Honoraire. La société, présidée par Jean Guillaume Audinet-Serville, ne réunissait alors que trente-cinq membres, pour la plupart entomologistes amateurs. Douze membres honoraires avaient également été élus par les membres ordinaires. Parmi les membres honoraires, six professeurs appartenaient au Muséum national d’Histoire naturelle, y compris le célèbre baron Georges Cuvier (1769-1832) et Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844). Trois séances préalables, du 31 janvier au 14 février, avaient permis de fixer le règlement de la société et d’en élire le bureau. La SEF est la plus ancienne association d’entomologistes du monde, elle a par exemple précédé les Anglais et leur Royal Entomological Society d’un an.

Les objectifs de la Société sont de promouvoir le développement de tous les aspects de l’entomologie, en particulier en incitant à mener des études sur la faune française et étrangère, l’application de cette science à des domaines aussi divers que l’agriculture ou la médecine, et l’approfondissement des connaissances sur les relations des insectes avec l’environnement naturel.

De nos jours, la SEF rassemble des personnes activement impliquées dans l’entomologie, aussi bien professionnels qu’amateurs. En 2018, environ 560 membres faisaient partie de l’association.

Que fait la Société ?

Les activités associatives de la SEF consistent aujourd’hui en réunions et assemblées. Une sortie sur le terrain, occasion de contacts et d’échanges, réunit chaque année un partie des membres. Elle organise également de temps à autres des colloques thématiques (par ex sur la notion d’espèce ou l’utilité publique de l’entomologie). Elle anime les réunions internationales des entomologistes d’expression française.

La diffusion scientifique est une activité importante de la SEF. Aujourd’hui, la SEF édite trois revues : les Annales de la Société entomologique de France, le Bulletin de la SEF et l’Entomologiste.

Les Annales de la SEF, paraissant continûment depuis 1832, sont aujourd’hui un journal à comité de lecture international publiant des travaux de recherches originaux sur les insectes (Hexapoda), Arachnides et Myriapodes : taxonomie, morphologie comparée, phylogénie, zoogéographie, génétique des populations, relation plantes-insectes, éthologie, écologie, biologie. En ce qui concerne la taxonomie, la revue évite de publier les descriptions isolées et donne sa préférence à des travaux qui incluent des aspects écologiques, biogéographiques ou phylogénétiques, ou à des révisions complètes.

Le Bulletin de la Société entomologique de France, créé à la fin du XIXe, est une revue trimestrielle à comité de lecture, publiant des manuscrits originaux en français, anglais, allemand, espagnol ou italien, sur les Insectes (Hexapoda), Arachnides et Myriapodes : taxonomie, morphologie, phylogénie, écologie, éthologie, faunistique, biogéographie. Les articles et brèves communications concernant la faune de France (Métropole et Outre-mer) sont appréciés, mais les manuscrits traitant d’autres zones géographiques sont aussi pris en compte. 

L’Entomologiste, qui paraît depuis 1944, est une revue plus particulièrement destinée aux amateurs.

Le panorama des publications doit être complété par les Mémoires, destinés à la publication de travaux trop volumineux pour paraître dans les revues, et la Nouvelle revue d’entomologie, dont la parution a cessé au cours de la dernière décennie, et dont les droits et le stock ont été cédés à la SEF.

La bibliothèque, sans doute la plus importante en France consacrée entièrement à l’Entomologie, détient environ 15 000 ouvrages proprement dits et plus 100 000 revues et périodiques comprenant environ 1500 titres anciens ou récents. Son important fonds ancien recèle des ouvrages qu’on ne trouve nulle part ailleurs en France.

Pour clore le chapitre des activités, il convient encore de signaler les prix et les bourses Cousin.

Chaque année, la Société décerne différents prix à des ouvrages d’entomologie, en fonction de critères propres à chacun de ces prix. Il s’agit là de distinctions honorifiques, les dotations de ces prix pour la plupart créés avant la deuxième guerre étant éteintes. Il n’en va pas de même avec les bourses Cousin, du nom de Germaine Cousin, dont la carrière s’est déroulée au laboratoire d’entomologie du Museum. Son legs en 1993 a permis de créer un fonds qui permet d’attribuer des bourses significatives à des entomologistes, de préférence jeunes, pour démarrer des projets.

Entomologie et militaires

Lorsqu’il m’a été demandé de préparer cette présentation pour le Magazine, je me suis demandé quel rapport il pouvait bien y avoir entre l’Armement et les insectes. L’idée m’avait trotté dans la tête pendant toute ma carrière, et j’avais fini par conclure qu’il n’y que dans les romans de science fiction que les insectes sont partie prenante aux conflits. En ce qui me concerne le seul lien, ténu, est le suivant : j’avais laissé de côté, et même un peu oublié l’entomologie, passion de jeunesse, pendant mes études supérieures et c’est le choix d’habiter à la campagne lors de ma première affectation qui m’a remis le nez dessus. Qui plus est, je crois bien être le seul ingénieur de l’armement à avoir fait partie de la société dans les cinquante dernières années. Mais il existe quand même un lien entre les armées et les insectes. Des militaires en campagne ont été d’excellents naturalistes de terrain. Il suffit pour s’en convaincre de relire « Chasses subtiles » d’Ernst Jünger. Leurs collectes ont alimenté les collections des museums, et c’est ainsi que j’ai pu travailler dans les collections du Museum national d’Histoire naturelle sur des insectes récoltés par des membres du Service de Santé au cours des campagnes d’Orient de la Grande Guerre, par des officiers affectés en Indochine, ou encore par Dumont d’Urville lors de sa circumnavigation comme second de Duperrey sur la Coquille, et à cette occasion de retrouver son écriture sur les étiquettes des spécimens.

Par ailleurs, il me semble que les militaires sont sur-représentés dans les membres de l’association, par rapport à leur poids dans la population. J’en veux pour preuve la présence de pas moins six officiers parmi les trente-cinq membres fondateurs de la Société, dont Bory de Saint-Vincent. Colonel et naturaliste, il avait sauvé la vie de Latreille une trentaine d’années plus tôt en empêchant sa déportation sur un navire qui s’est perdu corps et biens dès la sortie de la Gironde devant Cordouan. Par la suite de nombreux militaires ont apporté leur pierre à l’entomologie française, comme par exemple l’intendant général Dispons, un de mes illustres prédecesseurs dans ma spécialité (les punaises) et comme président de la SEF. En guise de conclusion, je teminerai par une observation personnelle. Dans les années 2000, nous étions trois officiers généraux, un aviateur, un médecin et moi parmi les 600 membres de la société. Rapporté à la population française, cela ferait 300 000 généraux... 

 

L’auteur sur le terrain (Syrie, 2010)

 

Pygoplatys (Odontoteuchus) raingeardi Magnien, 2012, un insecte dédié à un aviateur (4 *) par un ingénieur de l’armement

 

    
Philippe Magnien
Après une première affectation à la DTAT (ETAS) a fait toute sa carrière à DCN principalement autour des sous-marins, à l’exclusion de 4 ans (1996-2000) à la direction des centres d’expertise et d’essais. Admis en 2e section lors de la création de la société DCN, y a exercé les fonctions de secrétaire général jusqu’en 2007. A été trésorier adjoint de la SEF pendant près de dix ans, et le président en 2010-2011.
 

Auteur

Articles liés par des tags

Commentaires

Aucun commentaire

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Connectez-vous.