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Remplissage du bassin lors de la mise à flot du BRF Jacques Chevallier
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12 novembre 2022

LA MARINE HONORE QUATRE INGÉNIEURS DU GÉNIE MARITIME

Le 29 avril 2022, le bâtiment ravitailleur de forces (BRF) Jacques Chevallier a été mis à flot à Saint Nazaire. Il est le vingtième bâtiment de la Marine à porter le nom d’un ingénieur du Génie Maritime et fait suite au Dupuy de Lôme, bâtiment d’expérimentations et de mesures (BEM) admis au service en 2006. Il sera suivi d’ici à 2029 par trois autres BRF : le Jacques Stosskopf, l’Emile Bertin et le Gustave Zédé. Les BRF sont des pétroliers-ravitailleurs de 31 000 t à pleine charge, plus gros bâtiments de la flotte après les porte-aéronefs.


Jacques Chevallier

Entré à l’Ecole polytechnique en 1940, Jacques Chevallier (1921-2009), choisit le Génie Maritime. Après un début de carrière à Bizerte puis à Toulon, il rejoint en 1951 l’établissement d’Indret où il prend la direction du service des appareils moteurs à vapeur. En 1955, la France décide de se doter d’un sous-marin à propulsion nucléaire désigné Q 244, mais faute de disposer d’uranium enrichi, elle opte pour une filière à uranium naturel et eau lourde qu’elle doit abandonner en 1958. En 1959, les États-Unis ayant accepté de fournir de l’uranium enrichi dans l’attente de l’usine de Pierrelatte, Jacques Chevallier est appelé au Commissariat à l’Energie Atomique pour y créer le Groupe de Propulsion Nucléaire (GPN) qu’il constitue avec Jean-Louis Andrieu, ancien commandant désigné pour le Q 244, et plusieurs ingénieurs issus d’Indret et du CEA, dans le but de développer un réacteur à eau pressurisée. Sur la base d’une spécification de la Marine tenant sur une page, Jacques Chevallier rédige en deux mois un avant-projet de prototype à terre dont la décision de lancement fut prise quatre mois plus tard. Le réacteur, construit par l’établissement d’Indret divergera pour la première fois le 18 août 1964, cinq ans après la création du GPN, et conduira en 1969 à la première divergence du réacteur du Redoutable. 

Jacques Chevallier quitte le CEA en 1969 après avoir développé le concept de réacteur compact et lancé la construction de la CAP (Chaufferie avancée prototype). Il y revient en 1972 comme directeur des Applications militaires, responsable du développement du mirvage (véhicule à têtes multiples) des missiles balistiques. Il y restera jusqu’en 1986, date à laquelle il est nommé Délégué général pour l’armement.

 

 

J. Chevallier (centre) présentant le PAT à Président de la République en 1967

Jacques Stosskopf (1898-1944)

Mobilisé en 1917, est admis à l’Ecole polytechnique avec la promotion 1920S. Admis dans le corps du génie Maritime, Il enchaîne différentes affectations à Cherbourg, à Paris au Service Technique puis à Nantes, avant d’être nommé sous-directeur de l’arsenal de Lorient en 1939. Sous l’occupation allemande, l’amiral Dönitz fait de Lorient sa première base sous-marine et fait construire le blockhaus de Keroman. Tandis que le directeur de l’arsenal, Henri Antoine, essaie de ralentir les travaux demandés par les allemands, Stosskopf, se faisant passer pour un collaborateur zélé, renseigne les services britanniques sur les mouvements et les équipements spéciaux des u-boote via le réseau Alliance. A partir de septembre 1943, les allemands se plaignent de la mauvaise volonté des ouvriers français et les arrestations pour espionnage se multiplient. Malgré plusieurs alertes, Stosskopf refuse de quitter son poste et est arrêté le 21 février 1944. Transféré au camp du Schirmeck puis du Struthof, il est abattu avec cent six autres résistants le 1er septembre 1944. Promu ingénieur général et commandeur de la Légion d’Honneur à titre posthume, il a donné son nom en 1946 à la base sous-marine de Lorient.

Photos et plaque commémorative de l’Ingénieur général Stosskopf 

Emile Bertin (1840-1924)

Entré à Polytechnique en 1858, fut, comme avant lui Dupuy de Lôme, marqué par l’enseignement de Frédéric Reech à l’Ecole d’application du Génie Maritime. Affecté à l’arsenal de Cherbourg en 1863, il y engage des études ardues sur la houle et le roulis et invente un oscillographe double (roulis-tangage) tout en présentant une thèse de droit à l’Université de Caen. C’est également pendant cette période qu’il étudie un système de ventilation des navires remarqué par l’Académie des sciences et propose la protection par ceinture cellulaire comme alternative aux lourdes cuirasses. Il applique son concept sur le croiseur Sfax en 1884. Les « caissons Bertin » seront par la suite adoptés sur tous les bâtiments dits protégés en France et à l’étranger. Envoyé au Japon de 1886 à 1890, Bertin y réorganise les arsenaux et construit une marine militaire moderne, dont les trois croiseurs de type Matsushima, construits à La Seyne et équipés des premiers canons Canet de 305 à tir rapide. La marine japonaise prouvera sa valeur contre les marines chinoise à Yalu en 1894 puis russe à Tsushima en 1905. Rentré en France, Bertin est nommé directeur de l’Ecole du Génie Maritime puis, en 1895, il prend la direction de la Section Technique, plus tard Service Technique des Constructions Navales, chargée, après les dérives de la « flotte d’échantillons », de superviser la conception de tous les navires de guerre. Jusqu’en 1904, il y dirigera les plans d’une vingtaine de croiseurs et de la série des cuirassés Patrie. Il organise le concours Lockroy dont émergea le Naval de Laubeuf, premier submersible à double système propulsif et impulsera la création du Bassin des carènes. Scientifique, ingénieur et inventeur, il fut élu à l’Académie des sciences en 1903 et fut président de l’Association Technique Maritime de 1904 à 1923. Un croiseur lancé en 1933 a porté son nom.

Croiseur Emile Bertin en 1938 

NDLR : mon grand-père Bernard de Dinechin fut officier en 1940 sur l'Emile Bertin qui reçut mission de convoyer l'or de la Banque de France à la Martinique. Il fut bombardé, mais la bombe traversa tous les ponts sans exploser...

Gustave Zédé

Quatre navires, dont deux sous-marins ont déjà porté le nom de Gustave Zédé (1825-1891). Entré à l’X en 1843, Zédé rejoint le corps du Génie Maritime en 1847 et passe seize ans à l’arsenal de Brest. En 1863 il devient chef du bureau des constructions navales de la direction du Matériel et adjoint de Dupuy de Lôme. Il contribue à la construction de la flotte de cuirassés du Second Empire. Suivant Dupuy de Lôme, il quitte la Marine en 1881 pour entrer aux Forges et Chantiers de la Méditerranée. Appliquant les idées de son mentor, Zédé établit les plans du Gymnote, un petit sous-marin à forme de révolution 28,7 t de déplacement, propulsé par un moteur électrique Krebs. Construit à Toulon sous la direction de l’ingénieur Romazzotti, le Gymnote appareille sous les ordres du lieutenant de vaisseau Darrieus pour la première fois le 17 novembre 1888. Grâce à ses plans de gouverne horizontaux, le Gymnote est le premier sous-marin à avoir montré une capacité de tenue d’immersion constante. En 1891, alors qu’il étudiait au laboratoire de l’Ecole Normale l’utilisation de poudres pour la propulsion de torpilles, Zédé fut blessé par une explosion et mourut peu de temps après. Romazzotti construisit en 1893 un sous-marin plus grand (226 t en surface), auquel fut donné le nom de Gustave Zédé.

Gustave Zédé et le premier Gymnote

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